Dimanche 24 février 2008
Figure de style fait oeuvre utile.
C'est bien vain d'espérer qu'une idée ne survive 
Si les mots qui la servent ne font que marcher
Bien alignés, bien sagement allant au pas.
Si l'on veut la graver dans le marbre des lois,
Et la semer dans la terre meuble des esprits,
Il faut danser avec les mots sur leur naissance,
Il faut offrir à la parole la danse du sens.
La ligne droite s'oublie, s'annule sitôt franchie.
Tout se résume au chronomètre de l'efficace.
Mais du chemin ne reste plus aucune trace.
La course au sens se résume à l'instant du trajet.
Proférée, aussitôt elle meurt dans l'oubli, dans l'ennui.
Les circonvolutions, virtuoses sinuosités, 
Badinage artistique, impressionnent le regard
Et célèbrent le beau pour honorer le vrai.

Comme en dessin, tout est affaire de trait.
Slogan n'est pas coutume : "Abstraction, trahison. 
Non aux déKantations. Oui à l'incantation."
J'ai longtemps cru 
que tout bon philosophe se devait d'effacer,
comme traces d'un crime, 
toutes les circonstances entourant la naissance 
de l'idée, pour la garder, pure et intacte, 
dans les limbes de l'universel abstrait.
Mais que peut la sécheresse du squelette obtenu, 
trop sec même pour que le formol veuille de lui ?
Désincarner les mots, c'est les tuer, pauvres bêtes !
Leur ôter la chair, leur couper leurs racines, quelle barbarie !
L'aridité du discours transforme le penseur en marcheur au désert.
Comment croire un instant que l'indigent précipité qui subsiste
Puisse encore abreuver le lecteur à la source,
Si son auteur y a tari le souffle vif sitôt puisé ?


Que l'on me pardonne de redécouvrir le fil à couper le beurre, 
mais c'est l'enfance de l'art. Ca semble aller de soi ? 
Simple considération posthume 
devant les cadavres des carnets adolescents qui gisent, 
inertes dans leurs concepts en cendres, fossiles séchés, 
réduits en poudre comme un herbier mal conservé.
"Pulvis es, et in pulvis reverteris, dit l'image à l'idée.
Iconoclaste, tu as cru te passer de mes services ?
Bien mal t'en a pris, pauvre chose décharnée.
Plus jamais ne danseras sur les vagues aiguës de la langue."

Et voilà comment je redescendis, à cheval sur mes principes,
de la montagne du philosophe et des sommets arides du pur concept,
vers les verdoyantes prairies des belles vertes, euh, des belles lettres.

par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique communauté : Biffures chroniques
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Commentaires

" Comment croire un instant que l'indigent précipité qui subsiste
Puisse encore abreuver le lecteur à la source,
Si son auteur y a tari le souffle vif sitôt puisé"

C'est ce que je pense de la plupart des philosophes, mais en pensée plus confuse que ce que tu as écrit. Magnifique poème.
commentaire n° : 1 posté par : Loïs de Murphy (site web) le: 24/02/2008 23:17:45
Merci !!! Oui, c'est ce qui m'a détournée des sommets arides de la philo où plus rien ne pousse à force de décantation (déKantation ?), pour redescendre dans les vertes vallées des belles lettres. Fi de la décantation. Vive l'incantation ! Tu m'en voudras si je rajoute la formule au texte ci-dessus ?
réponse de : Clarinesse (site web) le: 24/02/2008 23:28:10
Non non c'est parfait !
commentaire n° : 2 posté par : Loïs de Murphy (site web) le: 25/02/2008 09:57:51

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