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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 21:47

 Il me semble que tout, l'air brumeux, les labours gras, 
et les arbres et les basses nuées me parlent. [...]
Debout, la cime chevelue chauffée de la flamme du jour, [...]
ô terre argileuse et collante.
Et le vent m'applique un masque de pluie. [...]
Vers quelle plage blêmissante de l'air lèverai-je la bouche qui respire ?
- Sache que je ne suis point seul.
- Qui as-tu donc avec toi ?
- La voix de ma propre parole. [...]
Les ronces sèches grelottent [...]
Debout parmi l'espace, nous avons à chaque main le noir, 
la mélancolie de la terre.
Voici ce que pourrait dire le jeune homme qui, comme un roi détrôné, la tête passée à travers un sac, reste immobile, les yeux hagards,
Et dont le vent, comme une femme folle, s'amuse avec les cheveux,
Et qui contemple sans comprendre l'ouverture du jour,
Empli de chuchotements comme un arbre mort :
La foule des hommes vains qui s'interrogent et combattent, parlent et agitent les yeux. [...]

La forêt où chante le vent qui chasse. [...]
Mais je suis comme un homme sous terre dans un endroit où on n'entend rien. [...]
Chaque génération d'hommes germant du champ maternel en sa saison
garde en elle un secret commun, un certain noeud dans la profonde contexture de son bois. [...]
Mais un arbre a été mon père et mon précepteur. [...]
Et j'ai rencontré cet arbre et l'ai embrassé, le serrant entre mes bras comme un homme plus antique. [...]
C'est tout seul que je suis sorti de la protection de tes branches. [...]
O murmurant, fais-moi part de ce mot que je suis dont je sens en moi l'horrible effort !
Pour toi, tu n'es qu'un effort continuel, le tirement assidu de ton corps hors de la matière inanimée. [...]
La Terre inépuisable dans l'étreinte de toutes les racines de ton être,
Et le ciel infini avec le soleil, avec les astres dans le mouvement de l'année. [...]
O branches maintenant nues parmi l'air opaque et nébuleux. [...]
N'as-tu rien appris sous cet arbre de science ? [...]

J'ai erré comme une lueur. Il faut que je m'élève comme une flamme enracinée.





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Published by Clarinesse - dans Citations fascinées
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commentaires

joruri 11/05/2008 09:39

Quel dommage en effet, car quel poète...

"Chut, taisons-nous, sinon le temps va recommencer"...

C'est presque aussi beau que Clemens Brentano... : ))

Clarinesse 11/05/2008 17:58


Oui, oui, je le découvre peu à peu, mais je ne me verrais pas assister aux sept heures du Soulier de Satin dont Desproges ou je ne sais plus qui disait qu'heureusement qu'il n'y en avait pas
deux...
Et Clemens Brentano, ça, c'est rare les gens qui connaissent et aiment les romantiques allemands. Je les adore. Le seul gadget de science fiction qui me fasse fantasmer, c'est la machine à voyager
dans le temps : j'adorerais le remonter,  persuadée que je me sentirais bien plus de plain pied à discuter avec Goethe, Schiller, Diderot ou d'autres... qu'avec les spécimens d'aujourd'hui (si
l'on excepte quelques exceptions pas si virtuelles que ça...) On dit souvent qu'on a le même âge toute sa vie. C'est vrai aussi des époques de l'histoire. Je suis restée coincée à la charnière
des XVIIIe ou XIXe siècles. Tant pour la couleur des esprits que pour l'esthétique : musique, peinture, et la mode... Ah, la mode Empire ! Autant le romantisme tardif et ses
mièvreries m'insupportent parfois (quoique...) autant ce premier souffle de l'Europe post-révolutionnaire, j'avoue... Soupir... Bon, ça va, Mme Bovary, au pied.


Loïs de Murphy 21/02/2008 23:08

C'est sûr... Quand on a du talent... Je connais très peu Claudel, il m'a échappé bêtement à cause de ce qu'il a fait à sa sœur. Je sais que c'est idiot mais bon...

Clarinesse 22/02/2008 08:05

Non, non, j'ai aussi du mal à dissocier totalement la vie de l'oeuvre, quoi qu'en disent les théories critiques des seventies et le "Nouveau roman" (que je n'aime pas du tout.) Quant à Claudel, son personnage plus tardif, institutionnel et confessionnel ne m'enthousiasme guère, mais ce Tête d'or, écrit à vingt ans, est porté par un souffle syncrétique assez décoiffant.

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