L'infinie et grouillante multitude des choses sauve et noie à la fois.
Ballottée sur le dérisoire océan des objets, je dérive, cramponnée aux choses comme à un radeau d'infortune, au lieu de me jeter à l'eau et de nager en direction de ma finalité essentielle.
Ne pas mépriser la matière, ne pas se méprendre sur sa richesse.
Ne pas la maltraiter. En prendre soin. Savoir la voir. Oser la toucher.
L'objet est tout sauf un intouchable.
Il faut le manipuler, le transformer.
Le tordre même, mais sans torture, mais à dessein.
Ne pas laisser ce soin aux hasards des maladresses, au fil mauvais des accidents.
En extraire tous les potentiels, cachés même aux yeux de son fabricant.
S'affranchir du mode d'emploi.
Le libérer de son usage premier comme on ôte ses chaînes à un esclave épuisé.
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