Samedi 9 février 2008
Ou comment on paralyse ses bleus à l'âme.(suite)

Certains plongent sous la surface brillante du bonheur apparent.
Veulent creuser le fond des blessures pour n'en pas accepter les ternes et mortes cicatrices. Entretenir le flot sacré du sang pourpre qui jaillit.
Cerveau en perpétuelle éruption.
Quand je cherche au contraire à contenir, clore et circonscrire les débordements et les angoisses de mes circonvolutions neuronales.
Quand je préfère la contemplation des vertes étendues sous un ciel immense aux plongées en apnée dans les méandres tourmentés d'ombres.
Je ne veux pas couler dans le silence des profondeurs.
Car le silence, comme le vide sous la pression sous marine, appelle le tourbillon. Derrière les paupières closes, la valse macabre des idées noires commence.
Les ténèbres ne sont pas vides : elles congédient le monde, mais sont emplies de monstres. Je crains le vacarme qui surgit dès que le silence s'installe.
J'ouvre les yeux. Je cherche la lumière et l'espace, la terre et le ciel.
Je crains l'obscur, où seul, on doit faire face à ses pensées tourbillonnantes comme des feux follets. Elles scintillent, non comme des étoiles rassurantes, mais comme les yeux phosphorescents d'une bête sauvage, prêtes à bondir pour dévorer l'esprit qui les nourrit et s'offre à elles, à le fasciner pour le détourner du droit chemin, du chemin simple où l'on passe à gué, sans plonger, pour retrouver son foyer et les siens, ses affaires et ses corvées.

Se sauver du fond par la surface. 
On peut être superficiel par hygiène, frivole par ascèse, par souci de ne pas piétiner le brin d'herbe, de ne pas négliger l'infime détail. 
Esthétique par éthique.
J'emprisonne seulement les idées dans les jolies boîtes des catégories pour qu'elles ne se nourrissent pas de moi comme le feu fait du corps une cendre.
Je refuse de laisser les mots parler seuls, les souffles passer, les visions s'introduire en mon for défoncé.
Je préfère bricoler avec les morceaux de verre brisé scintillant en surface que de plonger pour chercher la cause du naufrage qui les fracassa. 

par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs.
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