C'est bien fait, l'âme humaine, quand même.
Il a finement prévu la gestion du chaos, le grand horloger, là haut.
(C'est drôle, le clavier a ripé pour écrire malgré moi le grand "horlogre".
Pas mal vu, pour décrire le vieux barbu chenu sur ses nuages.)
Bref, le défilé des terre(ur)s m'ho(rri)pile.
Mais il faut avouer que celui des maux est bien organisé.
Comme s'ils formaient une file d'attente infinie, attendant sagement leur tour pour harceler leur hôte, comme on voit dans les films de cape et d'épée le héros isolé avoir raison de tous ses
adversaires qui ont l'extrême obligeance de se présenter un à un pour se faire embrocher au bout de sa lame.
Mais où veux-je en venir ? A savoir Si c'est un homme qui a inventé
le principe du défilé ? Léonidas par exemple ? Non ?
Primo Levi, donc, expert incontesté s'il en est en gestion de l'horreur, dans son traité de survie en milieu non tempéré, analyse ce phénomène étrange qui se produit lorsqu'on essaie de ne pas
succomber dans un de ces camps charmants où l'on expliquait aux résidents que "Arbeit macht frei".
L'homme accablé ne pouvant gérer qu'un problème à la fois, il les contraint, s'ils s'accumulent trop, de se ranger docilement et d'attendre leur tour pour l'assommer. Ainsi le prisonnier
souffre-t-il en permanence de la faim. Quand le froid arrive, cette dernière sensation masque l'autre et il ne ressent plus que l'hiver qui lui glace les os, évinçant toute autre
souffrance.
Le printemps revient-il ? La faim dévorante réapparaît aussitôt. A-t-on par miracle réussi à se rassasier à peu près? C'est l'épuisement lancinant qui se rappelle au corps.
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