Il fut longtemps jugé de bon goût de se gausser du radin.
Ce pauvre niais frustré, avare des bonheurs de la vie, qui se refusait obstinément à céder à la prodigalité inconsidérée de notre société de folle consommation.
Mais on redécouvre aujourd'hui, émerveillé et ahuri, que la Terre est ronde, donc par définition non infinie. Il fallut attendre le XXIème siècle pour percevoir enfin tout ce qu'impliquent les
découvertes de Galilée et Copernic. Et oui, nous ne sommes que de pauvres rats embarqués sur une petite planète parmi d'autres, dérisoire parcelle de vie féconde dans un espace infini et stérile.
Peut-être serait-il temps de concevoir notre si petit monde autrement que comme jetable.
La planète est usée, épuisée ? Qu'importe ! Jetons-la avec l'eau des mers et colonisons gaiement Mars et autres lunes.
Plantez-y d'abord un chêne, attendez de le voir pousser, vérifiez s'il est bien confortable d'y faire la sieste sous son ombrage et nous verrons ensuite.
Bref, tout en continuant à acheter massivement des lingettes jetables et des dosettes suremballées, chacun commence à se dire qu'il est passablement fou de faire couler des dizaines de litres d'eau
pour prendre un bain de dix minutes, de laisser brûler les lumières inutiles, d'utiliser sa voiture pour faire deux-cents mètres (vive le prix de pétrole qui flambe), de jeter du papier après y
avoir écrit deux mots qui ne plaisent plus ou s'y être essuyé le bout du nez, ...
Comme lors d'un naufrage imminent, tout le monde se rue donc sur le radeau qu'a méticuleusement construit depuis longtemps, sous les sarcasmes et les mépris, "sous la pistolétade excitante des
yeux", Cyrano le radin.
Au risque de le faire couler...
A suivre...
Prochains épisodes : la boîte à papier et la marmite norvégienne.
Derniers Commentaires