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9 janvier 2008 3 09 /01 /janvier /2008 22:46

Nul n’a le droit de disposer d’autrui sous prétexte de science.
Nul n’a le droit d’imposer sa volonté à un homme vivant et lucide comme à un morceau de viande.
Nul n’a le droit d’attacher un homme libre, innocent, coupable seulement d’être malade.
Quand un homme vous supplie du regard de le détacher et de le laisser partir dans l’au-delà, c’
est de la lâcheté de rester sourd à ce cri muet.
 Ce n’est pas une idée. C’est un être humain. C’est la puissante et impuissante histoire d’un
homme contre la théorie et la toute puissance de la technique.
 C’est le combat d’un humaniste contre un humanitarisme aveugle et sourd.

 Mais notre siècle bardé de science, armé de technique, engoncé d’idéologie ne sait que soulager la souffrance physique.
Il refuse la souffrance morale. Il ignore la volonté de l’individu. Il est si facile de clouer la
bouche de celui qui hurle sa douleur et sa volonté de partir avec des pansements ou un masque à oxygène. On peut crever d’humiliation, quand on se voit réduit à la merci de soins compétents mais qui par leur seule existence bafouent pudeur et dignité et rappellent à quel point on n’a pas plus de pouvoir qu’un nouveau-né, en prison dans son corps.

 La pitié est une vertu. Mais la pitié devient cruauté quand elle n’est pas respect de la dignité. La technique doit servir l’homme, et non pas l’homme malade servir de démonstration à l’efficacité de la technique.
« Voyez, cet homme n’est pas mort dans mon service. Je l’ai réanimé. Mes statistiques sont
sauves. »
 Cela ressemble trop, bonnes intentions mises à part, à ces séances de torture où l’on réanime le
supplicié pour prolonger son calvaire. Nul n’a le droit d’imposer à qui que ce soit un supplice digne des geôles des pires dictateurs. Et qu’importe si le bourreau est ici la maladie et non un gardien de prison.
 Le devoir du médecin est de soulager quand il ne peut guérir. Pas de prolonger le martyre.
Ce n’est sinon qu’une barbarie bienveillante.
 Mort et vieillesse sont tabous pour ce siècle à l’âme de fer, au point de ne plus même oser en
prononcer les noms, comme s’il s’agissait d’obscénités. Il est vrai que « décès et 3e âge » sont tellement plus humains ! Ils disent seulement la lâche peur de ne pas oublier que la vie du corps n’est pas l’éternelle jeunesse des magazines.

Voir à ce sujet le film insoutenable, bien que très sobre, de Dalton Trumbo,
Johnny s'en va-t-en guerre (Johnny got his gun), qu'il a tourné en 1971, à partir de son propre
livre, publié en 1939.

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commentaires

Sylvaine 12/06/2008 11:16

Oui il a été retiré....je l'ai eu en sous-mains...dans une librairie qui vendait des secondes mains...
Yves a choisi une méthode douce...peut-être par respect
pour ses chats.

Clarinesse 12/06/2008 22:36



Une méthode douce, pas salissante et sûre, oui, sans bruit et sans fureur...



Sylvaine 11/06/2008 09:45

En effet l'image que vous avez reçue aurait pu illustrer votre texte...En Suisse on est plus "cool" avec l'euthanasie...mais quelques leçons de tir- si toutefois on a le courage de ne pas se rater...donne ce troisième souffle qui "nique" la mort et défie les tabous.
Au fait j'ai un bouquin "Suicide mode d'emploi" histoire, technique, actualité. de Claude Guillon et Yves Le Bonniec.
Je me demande si il est épuisé :-)
La solution Yves Navarre que j'ai bien connu...reste la meilleure à tous nos tourments. Moi c'est quand je ne pourrai plus ni créer ni "baiser" que le temps sera révolu.

Clarinesse 11/06/2008 17:52


Oui, j'ai entendu parler de ce livre, Suicide mode d'emploi quand il est sorti. D'ailleurs, si ma mémoire est bonne, il avait été retiré de la vente, ou en tous cas fortement controversé.
Ceci dit, je me le procurerais bien, par simple curiosité en ce moment, mais au cas où pour plus tard. Je vais me renseigner sur la méthode Yves Navarre.


Fardoise 27/01/2008 17:24

Tu le dis mieux que je ne l'ai fait dans mon article, ce droit est malheureusement souvent baffoué. Le film est celui qui aborde le mieux ce sujet grave que l'on refuse d'affronter.

Clarinesse 28/01/2008 13:43

Oui, la condition humaine est bien assez tragique comme ça, sans avoir besoin de tous ces intégristes qui vous forcent à boire le calice jusqu'à la lie.

obni 26/01/2008 15:40

Merci pour ce texte empreint de grand humanisme

Clarinesse 27/01/2008 08:56

C'est plus "facile" de penser sur du "vécu", du "mourut" en l'occurrence...

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