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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 22:33

De la verticalité dans les rapports de l’homme à la matière.

 “Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. L’invocation vers Dieu ou spiritualité est un désir de monter en grade ; celle de Satan ou animalité est une joie de descendre.” Baudelaire s’inscrit là dans une tradition héritée de la théologie scolastique, dans une mystique de l’ascension et de la déchéance, où l’antinomie est interne à la dimension de la verticalité. Mais on peut aussi, en introduisant la donnée hétérogène de l’horizontalité, déplacer l’opposition et considérer comme déterminante non plus l’alternative entre spiritualité et matérialisme, la dichotomie entre l’âme et le corps, mais le dilemme qui contraint l’homme à choisir entre la verticalité et l’horizontalité, entre la solitude de la contemplation et le divertissement que représentent les incessantes et fourmillantes tractations sociales et politiques.

Alors, la vraie distinction ne consiste plus à opposer le concret à l’abstrait, la théorie à la pratique, mais l’horizontal et le vertical, le relationnel et le solitaire, le temporel et le mystique. Les activités humaines peuvent ainsi s’organiser en deux domaines :
 l’action, horizontale, relationnelle, temporelle, et la création, verticale, solitaire, mystique.

 -L’action implique d’exercer sur les autres un rapport de force, ou de séduction qui n’en est qu’une variante, alors que la création se structure autour du lien qui oppose et unit à la fois l’homme et la matière.
 L’action consiste à engager un rapport stratégique avec un groupe humain dans la sphère politique ou sociale et ses hiérarchies, dans les jeux d’argent ou de sport, dans le cadre de l’éducation ou du spectacle, de la diplomatie ou de la guerre.
  L’action implique donc un rapport au temps qui en fait un paramètre constitutif de sa nature, essentiel, un outil déterminant dont la gestion est à maîtriser comme un élément tellurique, une force de la nature à dompter.

- La création, comme la contemplation, entretient en revanche une relation au temps diamétralement opposée. Là, le temps n’est qu’une dimension accessoire, contingente, dénuée de fonction, de signification.
Alors que l’action doit maîtriser la durée, la création passe dans la temporalité comme dans une dimension fluide qui ne l’affecte pas plus que l’eau sur les écailles d’un poisson.
 Dans la création, seule compte l’œuvre, le résultat final, éternel, atemporel.
 Dans l’action au contraire, il se produit un événement dont la réussite même dépend de sa durée, de son rythme, comme toute représentation, soit-elle artistique ou pédagogique.
 Les paramètres spécifiques à l’action ne sont ressentis intrinsèquement, profondément que par les hommes d’action, les bêtes politiques, les requins des affaires ou les maîtres de la représentation. Ils concernent tout ce qui touche au temporel, dans ses deux acceptions, technique (inscrit dans la durée), et religieuse (opposé à spirituel). Et tout ce qui concerne la stratégie, la tactique.

Un deuxième paramètre s’avère déterminant dans la distinction entre action et création :
la gestion de l’ordre.
- L’action exige la gestion de groupes d’enfants, d’adultes, de soldats ou de spectateurs, l’organisation des hommes, des rythmes et des places, des tâches et des tours de parole, des temps de travail et de repos.
- A l’inverse, celui qui ne traite qu’avec lui-même, les objets ou la matière peut librement choisir entre le désordre bouillonnant qui anime les laboratoires des savants fous ou les ateliers des peintres de génie, et le rangement calme et minutieux qui consacre l’ordre des choses dans une correspondance quasi-religieuse entre l’espace et l’objet, où chaque chose a sa place, loin de la confuse et terrifiante profusion de la vie et des échanges humains. Là s’épanouit le règne des solitaires terrifiés par les mouvances de la société.

Si l’on décline cette dualité aux modalités selon lesquelles s’effectuent les échanges humains, notamment dans le cadre de la politique et de l’éducation, l’horizontalité se traduit par le règne aplanissant, nivelant de la communication, tandis que la verticalité implique un rapport hiérarchisé de transmission de connaissances, de transfert d’intelligence.

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