Mercredi 30 janvier 2008

La danse. La danse du sens et la danse des sens.

Elle est si ténue, la mince ligne rouge qui sépare l’allégresse de la peine, la joie de la détresse.
Comment savoir de quel côté l’on se trouve, si l’on oublie de se le demander, absorbé par la folle course du temps où il faut se presser 
pour ne pas sombrer sous le flot tumultueux des urgences quotidiennes.
Comment garder le cœur clair et l’esprit distinct si l’on surnage à peine 
dans le courant bouillonnant des contraintes sans fin et des tâches qui s’amoncellent ?
C’est bien simple. Inutile de solliciter le cerveau. 
Il est bien trop occupé à gérer l’immédiat.
Non, ce sont les pieds qui recèlent la précieuse réponse à la question : 
« Suis-je heureux(se), là, en cet instant précis ? »
Sont-ils capables de danser de tâches en travaux comme le pied léger 
de la petite Fadette se posant sur les galets du ruisseau ?
Où parviennent-ils à peine à s’arracher à la glaise, 
englués dans la pesanteur infinie des corvées assommantes ?

par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs.
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Mardi 29 janvier 2008

A-t-on jamais trouvé jouet plus fabuleux que le langage ?
Seul jeu laissé à la portée des damnés d’Auschwitz et d'ailleurs. 
Combien les mots en ont-ils sauvés de l’abandon et de la folie, griffonnés à la sauvette sur des brisures de papier écorché ?
Langage. L’homme sans la bête.
Intégralement gratuit si l’on oublie ce qu’il a coûté de jubilatoires efforts pour l’acquérir.
Merveilleusement léger. Sans poids et sans volume. 
Voyageur sans bagages mais si riche.
Absolument infini dans les multiples combinaisons qu’il offre aux mots de se féconder entre eux. Nul jeu de Mécano, nul Kamasutra n’offre autant de possibilités.

« En desserrant de son mieux les règles mécaniques d’assemblage des mots, en les libérant des attractions banales de la logique et de l’habitude, en les laissant « tomber » dans un vide intérieur à la manière de ces pluies d’atomes crochus qu’imaginait Lucrèce, en mettant son orgueil dans une surnaturelle neutralité, [l’écrivain] observera et suivra aveuglément entre eux de secrètes attractions magnétiques, il laissera « les mots faire l’amour » et un monde insolite finalement se recomposer à travers eux en liberté. »
   Julien Gracq, André Breton, quelques aspects de l’écrivain.


Respecter le langage exige de l’écrivain ce que le musicien obtient de son instrument, le peintre de ses couleurs, ce que le psychologue s’impose avec son patient.
Il faut le faire clamer son si beau sens, le malmener assez pour le pousser dans ses retranchements et en faire surgir la résonance juste, mais ne jamais le disloquer.
Le faire sonner pour que le sens jaillisse vif de ses entrailles, mais non le briser.
Il faut lui permettre de déployer ses plumes, non lui tordre les ailes.
Malaxer sa chair de mots, mais ne pas rompre les os de ses phrases.
L’opulence du vocabulaire reste lettre morte, enfermée dans les moisissures d’un coffre-fort verrouillé au fond d’une cave, sans la force d’une belle et saine grammaire pour la porter.
Faire fuser les verrous des (mal-)façons de parler, mais ne pas pulvériser les joyaux de son âme.

Version bavarde du roseau pensant de Pascal : le roseau parlant.
Maîtriser le langage, 
c'est maîtriser ce qu'on connaît et qu'on ignore du monde.
Dire un échec, c'est le transformer en demi-victoire.
Comme un enfant qui chante dans les ténèbres pour conjurer sa terreur.

par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique communauté : Biffures chroniques
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Lundi 28 janvier 2008
"Le jour tombait et personne ne se baissait pour le relever."

On manque toujours d'empathie avec le temps qu'il fait.
A force de le rendre malade, il va finir par avoir de la fièvre.
Il faudrait en prendre un peu plus soin.
La nature et moi, nous respirons en choeur.
par Clarinesse publié dans : Citations fascinées
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Dimanche 27 janvier 2008
Personnifier les choses dont on parle,
ce n'est pas céder à un anthropomophisme complaisant.
C'est exalter la finalité propre et la pente de chaque être, 
quel que soit son règne :
minéral, végétal, animal. 
C'est refuser d'octroyer au seul humain l'apanage de la volonté,
car il y a une orientation, une inclination des choses hors de la subjectivité.
C'est rendre la vie aux êtres inertes.
C'est donner la parole aux choses muettes.
C'est faire oeuvre de démiurge, tout simplement. 
Et allons-y gaiement dans le mégalomaniaque.

NDLR : Ce n'est pas moi qui parle, c'est le Surmoi, 
quelque part un peu plus haut,
dont le sous-moi se rit bien assez, rassurons-nous. 
par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique
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Samedi 26 janvier 2008



Ou le réchauffement climatique expliqué aux (tout-petits) enfants. 

Sans le Soleil, la vie sur Terre n’existerait pas.
Il ferait bien trop froid. L’eau serait de la glace.
Il ferait bien trop noir. Pas de jour. Que la nuit.
La Terre a besoin du Soleil.
C’est pour cela qu’elle tourne autour de lui, sans se lasser.
Pour capter sa lumière, sa chaleur et sa force.

Mais les hommes, sur Terre ont décidé
que la force du Soleil ne leur suffisait pas.
Qu’ils n’avaient pas assez chaud en hiver.
Que dans leurs maisons, il ne faisait pas assez clair.
Alors ils inventèrent des cheminées, des radiateurs, 
des lampes et des lumières.
Ils allumèrent, ils allumèrent, et oubliaient d’éteindre. 
Toutes ces fumées, ça faisait comme un couvercle au-dessus du ciel.
Et la Terre devenait comme une cocotte minute.

Alors le Soleil se pencha pour mieux voir 
ce qui faisait tant de lumière et de fumée.
Et il comprit que les hommes trouvaient 
que l’énergie qu’il leur donnait, depuis toujours,
Lui, le splendide, le magnifique, lui, l’énorme boule de feu dans le ciel,
ce n’était pas encore assez.
Et le Soleil, fort vexé, se mit à chauffer, à chauffer encore,
et à brûler, à brûler encore, pour que les hommes arrêtent d’allumer
leurs lampes en plein jour et de faire fumer leurs cheminées 
quand il ne fait pas très froid.

Et sur Terre, chaque été, il fit de plus en plus chaud.
Dans les rivières, il n’y avait plus d’eau.
Et de moins en moins froid, chaque hiver.
Sur les montagnes, il n’y avait plus de neige.
Les arbres avaient soif. Les fleurs avaient trop chaud.

Alors, les hommes effrayés, accablés de chaleur, comprirent
qu’ils avaient mis le Soleil en colère,
et se dépêchèrent d’éteindre leurs lampes et leurs écrans.
Pour lire, ils allaient près de la fenêtre, 
où la lumière du Soleil éclaire assez.
Quand il ne faisait pas très froid, ils arrêtaient leurs cheminées,
et mettaient de jolis pulls colorés.

Et le Soleil vit que les hommes étaient devenus un peu plus raisonnables.
Il se calma, et continua de chauffer et d’éclairer la Terre sans la brûler.
 

Non seulement, pour rappeler cette parole de Saint-Exupéry :
"Nous n'héritons pas de la Terre, nous l'empruntons à nos enfants."
Mais transmettre la planète sans son mode d'emploi,
sans la conscience de sa fragilité, sans la volonté de la préserver, c'est la perdre
.

Réponse de Pierre, trois ans et demi :
"Mais le soleil n'a pas d'yeux. Il ne peut pas nous voir.
Et il n'a pas de bouche. Il ne peut pas parler non plus."
C'est bien la peine de s'échiner à enchanter le monde, à le peulper d'allégories,
si c'est pour voir si vite le bel édifice s'écrouler sous les ravages du rationalisme

par Clarinesse publié dans : Enfantillages
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Samedi 26 janvier 2008

Ou comment répondre à l'inévitable question : « D’où viennent les bébés ? »

Depuis quelques mois, Pierre, trois ans, 
commence à réclamer une petite sœur.
Pas un petit frère, une petite sœur. Comme elle tarde un peu à venir,
ses parents lui expliquent qu’un bébé, au début, c’est tout petit.
Plus petit qu’une mouche. Et c’est difficile à attraper, une mouche.
Il l’a bien vu, lorsqu’il essayait d’en coincer une 
entre la fenêtre et la tapette.
Un peu perplexe, Pierre commence à voir des bébés 
voler partout dans la maison.
Alors, Maman lui explique que le bébé, au début, ne vole pas. Il nage.
- Comme un poisson ? – Euh, oui, ou comme une grenouille plutôt,
mais une minuscule grenouille, encore plus petite qu’une mouche.
-Ah bon, et comment arrive-t-elle dans le ventre de la maman, 
demande-t-il, déjà très au courant, 
ayant vu un certain nombre de ventres ronds.
Sans hésitation et sans scrupule, Maman répond :
« L’eau que tu bois va dans ton ventre. Le bébé, c’est pareil. »
 Inutile de préciser où s’arrête l’analogie, ce n’est pas du tout le moment.
"- Toi aussi, d’ailleurs, tu as été petit comme ça. Puis le bébé grandit, grandit, jusqu’à être trop grand pour rester dans le ventre de Maman. 
C’est alors qu’il sort." Petit temps de réflexion dans les yeux de Pierre :
« Et le bébé, dans le ventre de la maman, il est tout nu, ou habillé ? »
Un arrêt. Vague moment de gêne silencieuse et de trouble réciproque, mais calme olympien des deux côtés.
Sans se laisser démonter, Maman explique que dans le ventre, 
le bébé a bien chaud. Il n’a pas besoin d’habits. 
On ne lui met un pyjama qu’après la naissance,
Pour qu’il n’ait pas froid dehors. 
Fin de l’épineuse discussion.

Ouf, c’est quand on croit avoir passé les récifs les plus périlleux
qu’un dernier écueil menace de faire couler le bel édifice
qu’on essaie de faire louvoyer harmonieusement
le long de la côte escarpée d’une intelligence enfantine.

par Clarinesse publié dans : Enfantillages
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Vendredi 25 janvier 2008
Nulle matière n'est à bannir de la beauté. 
Certes, on peut préférer la noblesse du bois, de la pierre, du cuir, du bronze, etc, au trop malléable plastique. Et l'on peut aussi définir la noblesse d'une matière par sa capacité à résister au temps, à s'embellir avec l'âge, à transformer l'usure en respectable patine. 
Mais cette condition n'exclut pas tant une matière comme telle qu'un usage ou une forme inappropriés. 
Ne forçons pas une matière à en singer une autre.. 
Ne nions pas sa nature.
Fi du faux bois, du faux cuir en plastique, du faux verre, de l'aggloméré recouvert de papier, de tous les placages, ...
Car "humilier" ainsi une matière n'est pas sans risque. 
 Elle se venge de ce manque de respect en profitant de chaque coup reçu pour réaffleurer sous la surface meurtrie.
Non, préférons le massif, l'authentique. Et rentre dans cette vaste catégorie 
ce pauvre plastique lui même, pour peu qu'on daigne l'exploiter pour lui-même, en exalter les propriétés particulières, sa transparence, son infinie malléabilité, et non pour son talent galvaudé à usurper l'aspect d'un autre matériau.
par Clarinesse publié dans : Bricolotrucs
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Mercredi 23 janvier 2008

Il se trouve que j'ai eu l'extrême imprudence de prétendre essayer de passer l'agreg (interne), sans y avoir travaillé outre mesure, certes, mais un peu tout de même, 
sauf sur l'un des quatre auteurs au programme de l'écrit. 
Mais voilà, la dissert est tombée sur celui-là, le plus improbable, 
le trop classique  : Molière, seul à être resté au programme depuis deux ans 
(le reste étant renouvelé chaque année). Il n'était encore JAMAIS 
arrivé que l'auteur "redoublant" tombe, depuis plus de vingt ans que le concours existe. C'est fait. Il est tombé, et moi avec. Comme beaucoup, j'avais fait l'impasse
dessus, pas seulement par pronostic de probabilité, mais parce qu'il me gonfle. Enormément. En plus, on avait Gracq, sublime, qui vient de mourir, et qui, du coup, 
a toutes les chances de tomber à l'externe. Les veinards. 
Et Diderot, et Verlaine. Bon, tant pis, comme dirait l'orgue.
Pas de regrets, en tous cas. 
Je suis curieusement euphorique, libérée. Je suis pouët, j'vous dis.
Si Molière tombait, j'm'étais juré d'injurier le jury (Ô le polyptote) sur ma copie avant de partir, au bout des deux heures trente réglementaires (sur sept). Pari tenu.
Si ça vous dit de lire une pleine copie double (pile poil, pour pas gâcher d'papier ;) )
d'alexandrins de mirliton on ne peut plus pompiers, voici ma copie
que j'ai pu recopier, puis retaper, puisqu'il me restait du temps, forcément.
              J'espère que ça vous fera rire moitié autant que moi.
              J'avais vraiment du mal à m' ret'nir de pouffer 
              en comptant sur mes doigts dans la salle d'examen
(encore deux alexandrins tétramètres, ou presque. Ca devient pathologique.)
                                                            Et vive la liberté !

Les stances d’Agreg.

« Les hommes sont mortels, les esprits éternels.
Si l’on veut que son œuvre à son siècle survive
Il vaut mieux dédaigner les combats de personnes
Et atteindre la gloire où toute idée résonne
Au-delà des querelles vaines et naïves.
L’ambition de grandeur se joint à la noblesse
Se défie des intrigues et fait fi des bassesses. »
On pourrait par ces vers d’un auteur oublié
Du grand siècle, ami du dramaturge.
Justifier l’attitude adoptée par Molière,
« Impromptu de Versailles » en ces lignes :
[Citation du sujet]  « Il disait que rien ne lui donnait du déplaisir comme d’être accusé de regarder quelqu’un dans les portraits qu’il fait ; que son dessein est de peindre les mœurs sans vouloir toucher aux personnes, et que tous les personnages qu’il représente sont des personnages en l’air, et des fantômes proprement, qu’il habille à sa fantaisie, pour réjouir les spectateurs. »
Cette déclaration, forme d’autoportrait,
Sonne un peu comme un art poétique, et de fait
Ce sont bien des « fantômes », fantoches esquissés
Qu’il nous donne à entendre, à voir, à regarder.

Il est bien entendu que Monsieur de Molière
A bâti son Empire sur des caricatures,
Des archétypes, des schémas aux lignes claires,
Une œuvre enfin qui, paraît-il, a l’art de plaire.
Mais ce n’est pas, du moins toujours, littérature.

Certes enfin, on est lassé de cet esprit
Si parisien et si français : la moquerie.
Pourquoi sans fin doit-on encore ressasser
Ces mêmes comédies, sempiternellement,
Qui ne font avancer ni l'art ni la pensée,
Mais figent un pays s’auto-congratulant ?

                  On a envie de préférer
                  A la molle déconfiture
                  De ce « Monsieur de Pourceaugnac »
                  Les fulgurances d’écriture
                  De Cyrano de Bergerac,
                  Et tant pis s’il est condamné
                  Par ceux qui boudent leur plaisir.
                  Pourquoi toujours faut-il rougir
                  D’abandonner sa moue critique
                  Devant des vers si esthétiques ?


Oui, bien sûr, la satire est utile en un siècle
Où il vaut mieux rester « malade imaginaire »
Que de tomber entre les mains de tortionnaires
Maniant la médecine comme une arme funeste.
« L’amour médecin » est bien plus sain, n’en doutons pas
Que l’ignorant trop dogmatique et ses faux pas.

Ce n’est pas de l’effroi devant la page blanche
Ce n’est pas le dépit qui du fond de l’impasse
Surgit comme Méduse, et par malheur se penche
Sur les infortunés qui n’ont pas regardé
Dans la bonne direction, du côté des sujets.
Ces vers de mirliton n’ont pas d’autre ambition
Que de combattre avec les mots le temps qui passe.
                  Deux heures trente, c’est bien trop
                  Pour un cerveau en mal de mots.
Oh bien sûr, on pourrait resservir comme d’autres
Un infâme brouet de topoï, de poncifs,
De lieux communs, de ponts-aux-ânes, en bon apôtre,
Sur cet auteur trop souvent lu et trop connu,
Et commettre un devoir poussiéreux et poussif.
Mais parmi les copies, il peut être plaisant
De trouver une épître impromptue ne craignant
Ni la foudre certaine du jury éconduit,
Ni les heures futures d’enseignant abruti.

Combattons nos ennuis respectifs et honnis.
- De correcteur, las d’essuyer tant de copies
Qui se prêtent docilement au jeu très sain
De l’excellence et du génie républicain.
- Du candidat qui par fierté, fort mal placée
Préfère encor se saborder et amuser
Peut-être un peu, avant la mort sur l’échafaud
Forte tête arrachant un sourire au bourreau.

Il n’en eût pas été ainsi, si Diderot
Et ses Salons avaient été les favoris,
Ou si Verlaine, bien que fade, était choisi.
[NDLR : C’est pas moi qui l’dis,
 c’est un critique tout c’qu’il y a de plus officiel,Jean-Pierre Richard]
Et quant à Gracq, le magnifique, le somptueux,
Comment peut-on lui préférer ce théâtreux ?
Que de choix polémiques, si durs à admettre.
Cette année, sous la dent, nous n'avons eu à mettre
De Diderot, sans les chefs d’œuvre éblouissants
Que les balbutiements d’un critique débutant.
[NDLR : C’est pas moi qui l’dis non plus,
 c’est bien connu, tous les profs le savent et le déplorent]
S’il semble de bon goût de jouer à ce jeu
Où le jury se plaît, perdant les laborieux,
Je m’en vais de ce pas retourner à ma plume,
Car c’est un peu lassant de jouer à l’enclume
Sous le fer des épreuves qui rougeoie, mais sans joie.


Pardonnez, je vous prie, cet acte de gloriole
Car ce n’est pas certain, quoi qu’en dît Cyrano :
« La haine est un carcan, mais c’est une auréole. »
Adieu donc, sans regrets, il n’est plus rien à taire.
La tête haute et dignement. Les espoirs gisent à Terre.


Ne perdons plus de temps. Pour finir, comparons
Comédies et romans, sans rime ni raison.

Quand même, que peut valoir : « Fi donc, Nicole ! » face à cela :

« Il sentait battre en lui une petite vague inerte et désespérée qui était comme le bord des larmes. »  ou encore :
« Il entrait dans un monde racheté, lavé de l’homme, collé à son ciel d’étoiles de ce même soulèvement pâmé qu’ont les océans vides. »
Julien Gracq, Un Balcon en Forêt. [NDLR : au programme aussi, of course]

[NDLR : Les trois œuvres de Molière au programme sont citées dans les premières strophes :
Monsieur de Pourceaugnac, Le Malade Imaginaire, L’Amour médecin
.]

par Clarinesse publié dans : Echappées poétiques communauté : Biffures chroniques
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Mardi 22 janvier 2008
Voilà maintenant bien deux semaines 
que c' joli mot m'trotte dans la tête, 
y fait des noeuds avec ses branches.
(Moi qui n'aime pas les élisions,
Moi qui aime tant les "e" muets et l'doux écho 
qu'ils laissent sonner dans les tympans, 
v'là qu'j'les supprime pour les besoins 
d'une ritournelle de tétrarythmes.)
Je l'ai noté sur un papier, un tout p'tit bout
à s'perdre partout, mais rien à faire.
Sans commentaire. Il s'obstinait encore à s'taire.
Alors tant pis, je me suis dit.
Allez viens-t'en sur mon écran.
Tant pis si c'est pour n'y rien dire.
Il faut parfois que les p'tits mots précèdent l'idée.
Voilà, c'est fait. Mais d'idée, point.
Aucune encore ne point en vie.
Il est pourtant tellement joli,
ce très beau mot d'arborescence.
Armor et sens. Arvor essence.
Arbres en planches. Arbre et revanche. 
Ecorcé vif, l'arbre s'efforce, en désaccord,
A corps et cris, encore écrits, de n'êtr' pas mort.

Petit brouillon en direct.
A retaper plus tard. Comme une vieille maison
dont les murs mal tenus menacent de s'effondrer.

par Clarinesse publié dans : Echappées poétiques communauté : Biffures chroniques
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Mardi 22 janvier 2008
Il faut à la pensée de l'autorité pour être entendue, à l'écrit comme à l'oral.
Il faut croire à ce qu'on dit avec assez de force pour emporter la foi des autres.
L'auteur, auctor, c'est celui dont la parole fait autorité,
auctoritas.
Et c'est bien sûr à la force des mots qu'il règne, non par celle de la contrainte.
Evidence ainsi dite, mais si frêle en pratique.
par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique
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