Cahiers de l'aube.

1°) Window : nom anglais de la fenêtre. Etymologie : 
de l'ancien saxon Wind Auge,
l'oeil du vent.

2°) Les métaphores, c'est comme les collants. 
Ca file vite si on n'y prend pas garde;

3°) - Métaphore et crie-toi. (d'après Luc)

Lundi 10 mars 2008
Cette vesprée, par d'étranges coïncidences,
Le XVIe siècle et ses rugueuses fulgurances 
A flamboyé dans l'âtre de mélancolie.
Lumières des esprits vaincues par l'ineptie.
Ténèbres éclairées par le feu et le fer,
Insoutenable gaspillage sanguinaire.
Qu'attend-on pour ôter son pouvoir à la peine ?
Quel plus grand pourvoyeur du gâchis que la haine ?
Tant de raffinements. Saint Barthélémy. 
24 août 1572. Sang battre l'ennemi.
La bête immonde et fanatique sans fin accouche
"De la guerre : un goût de terre dans la bouche".

Le regard net et la voix claire,
Diction d'implacable douceur :
Didier Sandre et Jean Rochefort.
En écho, Claude Rich au Souper,
Intelligence délectable de Talleyrand.


Saint Germain ou la négociation, film de Gérard Corbiau 
avec Jean Rochefort et Didier Sandre, recréant sur fond de viole de gambe et de cordes à rugueuse harmonie la folie meurtrière des guerres de religion et la brutale finesse de l'art diplomatique.




par Clarinesse publié dans : Panthéon filmique
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Dimanche 9 mars 2008
"Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie", 
dixit un certain Pascal.
On a beau adopter l'attitude-altitude
Des mystiques poètes à genoux mais debout,
Isolés des autres, réunis au tout.
On a beau crânement afficher un sourire 
et des dents du bonheur alignées sans soupir,
On a beau se gausser des lamentations
Que, peu mûr, l'esprit faible et lassant
S'autorise, accablant toutes relations
Sous le poids d'un refrain au pathos grimaçant,
On ne peut respirer un peu mieux bien souvent
Qu'une fois entendus les cris sourds qui enchaînent,
Qu'une fois éveillés les échos des âmes qui ne peinent.

Merci donc à tous ceux qui savent dire en plus de lire,
Qui éclairent le chemin de ténèbres de leurs voix
Qui parsèment de paroles, de leurs pierres, cette voie.

Reconnaissance vaut renaissance.
Gratitude et retour en grâce.
L'infinie clarté veille.
par Clarinesse publié dans : Echappées poétiques
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Vendredi 7 mars 2008
Claustrophobie. 
Je ne supporte pas les fenêtres fermées trop longtemps.
Je ne peux pas souffrir les volets clos comme paupières cousues.
J'ai besoin de humer le vent et son humeur,
de voir à travers l'oeil le souffle de la vie.
J'ai besoin de clarté. De veiller. De surveiller, peut-être aussi.
J'abhorre les pièces aveugles, les salles borgnes.
Je me sens dans ma vie comme dans une chambre :
il m'en faut les clefs. 
Il me faut savoir que j'en peux sortir à tout moment, de mon propre chef.
La présence ici-bas ressemble trop sinon à la prison, le ciel à un plafond.
"Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis" etc... 
tout le monde connaît son petit Baudelaire illustré.

La fuite. Comme une porte ouverte à tous les vents.
Ne jamais trop s'éloigner de la poignée.
Ne jamais se plonger en plein coeur de la foule
Ne jamais s'attacher au fardeau sous la houle.

Ambivalence de la fenêtre. Être de feu. Être dehors.
Défenestrer. S'échapper.
S'enfuir ou se laisser enfouir.
Chute du corps. Apesanteur de l'âme.

Job docile, boire le calice jusqu'à la lie, ainsi le veut la loi du catholique.
Le Seigneur a donné la vie. Le Saigneur la reprend.
Serviteur jusqu'au bout, l'homme ne s'appartient pas :
le suicidé est meurtrier plus que victime.

Mais l'homme libre du stoïcien doit choisir.
Le libre départ pour prix du digne séjour.
Rester, c'est accepter. Refuser, c'est partir.
La servitude ou la mort. L'esclave ou la cigüe.
Il ne s'agit pas de se complaire dans un morne et pathétique taedium vitae d'enfant gâté et capricieux. Il s'agit seulement de savoir que l'on peut garder la tête haute et hors de l'eau quand tout s'embourbe autour de soi.
Ce n'est pas la vie et ses merveilles, 
c'est ce qu'on en (mé)fait qu'il faut éconduire.
C'est pour préserver sa dignité, 
que le refus de la voir défigurée s'impose parfois.

Curieux tout de même que plus de trente ans après avoir légalisé le libre choix d'entrée dans la vie (certes donné à celles qui le délivrent, les candidats en question n'ayant pas encore la parole), on  refuse encore d'accorder le libre choix de sortie. 
Euthanasie. Avortement. Deux symétriques.
Il est assez de chaînes sur cette terre. N'en ajoutons pas davantage.

Sur ces pensées réjouissantes, je vous souhaite bien le bonsoir.

Humeurs noires déversées sur l'écran.
Thé idoine infusant dans la tasse.
Esprit de plomb soudain de plume.    (ou presque)
Coeur allégé et soir sucré.

par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs. communauté : Biffures chroniques
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Jeudi 6 mars 2008
Je serais curieuse de savoir combien de gens ont eu au moins une fois, 
assez précisément pour en concevoir les détails les plus pratiques, 
la volonté d'en finir avec leur existence ici-bas.
Probablement l'inverse est-il plus rare.
Je n'ai cependant jamais pu dépasser l'étape rédhibitoire de la lettre d'adieu.
En effet, outre la pensée de la peine infligée à ceux à qui je dois la vie ou qui me la doivent, le testament d'un départ volontaire demeure pour moi une aporie épistolaire. 
Ecrire, c'est construire. C'est rebâtir une identité disloquée et soudain rassemblée par les mots.
Laisser un texte, c'est retisser les liens avec les rives de l'être.
C'est retrouver la maîtrise du monde par le verbe. 
Dire les impasses, c'est les situer, c'est déjà savoir les éviter.
C'est faire reculer le chaos. 
Et j'aime trop l'ordre pour avoir encore envie de partir une fois les blessures bien alignées sur le papier, les désordres bien repassés sur la feuille, les étouffoirs bien dépliés dans les poumons des phrases ; 
les assommoirs bien assommés sous les coups de boutoir des mots qui sonnent le glas des tracas.
Larguer les amarres ou jeter l'encre, il faut choisir.

Probablement n'ai-je jamais atteint ce point de non retour du désespoir vrai, inconsolable et insoluble dans les mots.
C'est bon signe de se savoir sauvée, toujours, du chaos par l'écriture. 
Un petit tour de mots et le mal est joué.
La musique du verbe retend l'arc asthénique de nos forces trop lasses.

Au renouveau était le verbe.
par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs. communauté : Biffures chroniques
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Mercredi 5 mars 2008

J'ai passé l'âge de ne pas assumer mon penchant consternant pour les univers anachroniques et les belles histoires d'amour qui finissent mal.
Par exemple, je ne sais combien de fois j'ai revu 
Les Grandes Manoeuvres, de René Clair, où Gérard Philipe s'amuse à séduire Michèle Morgan dans une légèreté d'opérette avant que tout cela ne finisse en tragédie racinienne.
C'est ce mélange là qui laisse sans défense : un état de grâce enchanté par la frivolité des jeux d'esprit, foudroyé sans prévenir par le coup de faux de la fatalité. Le désespoir n'a pas le temps de s'engluer dans le pathos. Avec la fulgurance d'une sublimation, l'âme vacille, de la joie à la mort du coeur, sans passer par la case pourrissement.

par Clarinesse publié dans : Panthéon filmique
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Samedi 1 mars 2008
Noire et nette, l’ombre nue de l’arbre s’ancre au ciel,

Ses racines en sous-sol et l’encre dans la nue.

Désemparé comme les bras de l’apprenti sourcier

Invoquant l’eau des cieux, réclamant l’eau des yeux,

Il oscille entre l’air de la nuit et la lune qui danse.

par Clarinesse publié dans : Echappées poétiques communauté : Au fil des mots
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Vendredi 29 février 2008
Sans le verbe, l'âme au désert se condamne au silence radio.
Les mots rendent sensibles les longueurs d'ondes où soufflent les âmes.
Mais chaque esprit a sa propre fréquence.
Tant qu'on ne l'a pas trouvée, on n'entend qu'un inintelligible grésillement.

par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique
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Jeudi 28 février 2008
C'est incroyable comme le discours officiel est difficile à déstabiliser 
quand il s'asseoit dans un lourd fauteuil de cuir.
Ce n'est pas que le siège fasse la classe, on n'est pas dans le train.
Mais il semblerait que les trônes bien rembourrés n'amortissent pas que le postérieur : les sons aussi n'arrivent plus aux oreilles du trop bien assis que feutrés, distants et déformés.
Plus le coussin est mou, plus l'oreille est dure.
Cuir sous les fesses, bois sur la langue et dur de la feuille.
Soit que le visiteur se laisse impressionner par tant de froide onctuosité, comme l'aliéné épuisé qui s'arrêterait de crier dans une chambre capitonnée.
Soit que, malgré la résistante argumentation du visiteur,
 tout corps assis sur son despotisme 
se voie aussitôt affligé d'une surdité aiguë. 
L'abus de pouvoir est dangereux pour l'audition.
par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique communauté : Biffures chroniques
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Jeudi 28 février 2008
Les mères essaient toujours d'apaiser les disputes d'enfants turbulents. 
J'ai ainsi souvent cherché à réunifier les antagonismes conceptuels.
Les oppositions binaires sont faites pour être dépassées.
Et les philosophes querelleurs peuvent parfois se laisser réconcilier.
Deux morceaux d'un vase brisé qui attendent d'être recollés.
Comme les pieds, les concepts n'avancent qu'en se dépassant l'un l'autre.
J'ai toujours considéré le dualisme comme un aveu d'échec.
Le conatus de Spinoza, c'est quand même autre chose que la glande pinéale de Descartes.
(Petit rappel :
Descartes ayant souscrit à la parfaite hétérogénéité de l'âme et du corps, il lui fallait tout de même trouver par quel miracle tous deux arrivaient à fonctionner de concert. Le seul bricolage de fortune qu'il trouva pour joindre les deux ? Une "glande pinéale", infime partie du cerveau censée articuler le corps l'âme. N'est-ce pas pathétique ?)

Rares sont les cas où il est justifié de se contenter d'une dualité. 
S'y résoudre, c'est renoncer à chercher le principe dynamique qui les unit.

Prenons l'exemple de l'ordre. Le pauvre est si souvent associé 
à l'indigence de l'esprit, à l'intolérance des idées. 
Opposé à l'art, à la liberté, à la bohême...
Parti de l'ordre, parti de brutes.

Mais il n'y a pas que les militaires qui vont au pas cadencé. 
L'ordre du mouvement n'est pas seulement celui des soldats qui défilent.
C'est aussi celui des figures de danse .

Le rythme n'est rien d'autre qu'un ordre donné au temps.
L'harmonie est un ordre.
Tout ce qui arrache au chaos, toute disposition non laissée à l'arbitraire du hasard est un ordre.

Pas de grâce sans ordre. 
Reste à savoir de quel ordre il s'agit, car rien de plus multiple et ambivalent.
Car un ordre qui s'aboie est un cri d'impuissance, et le chaos qui résiste alors n'est pas toujours du même côté. 
L'ordre n'est pas toujours celui du juste.

par Clarinesse publié dans : Aphorismes informels communauté : La commune des philosophes
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Mercredi 27 février 2008
Où comment expliquer à un enfant de trois ans qu'il ne faut pas manger avec les doigts sa purée de courgettes conduit à philosopher une éponge à la main.
 
Extrait de dialogue :
" - Pierre, il ne faut pas manger avec ses doigts. 
Regarde, tu mets de la purée partout, c'est sale.
  - Ah bon, la purée, c'est sale ? 
Mais alors, il ne faut pas la manger, si elle est sale.
 - ... . Non, elle n'est pas sale dans l'assiette, 
mais elle devient sale sur ton pull ou par terre. 
Elle est sale quand elle n'est pas à sa place.
 - ..."
 
Le résultat escompté est obtenu, mais le message est-il passé ?

Comment faire comprendre que la purée sur les doigts, par terre ou sur le pyjama, c'est sale, alors que la même purée, dans l'assiette est propre. 
Que la terre dans le jardin est fertile et bienfaisante pour les brins d'herbe et les fleurs, mais pas franchement la bienvenue sur le pantalon.
Que la pâtée, c'est pour les chats, 
mais que le pâté, c'est pour les hommes.
Donc, donner du foie gras à Minette, 
ce n'est pas exactement ce qu'il est convenu d'appeler une bonne idée.

Tout est affaire de limites, de référentiel, de situation.
Le relativisme expliqué à trois ans, ou l'enfance des Lumières.
Toute une histoire.

par Clarinesse publié dans : Enfantillages
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