Cahiers de l'aube.

1°) Window : nom anglais de la fenêtre. Etymologie : 
de l'ancien saxon Wind Auge,
l'oeil du vent.

2°) Les métaphores, c'est comme les collants. 
Ca file vite si on n'y prend pas garde;

3°) - Métaphore et crie-toi. (d'après Luc)

Jeudi 27 mars 2008
A l'aube grise :

Mon  fils, mon fils est parti aujourd'hui.
A Paris. Un enfant si petit.
Quelle folie !
Perdu dans de trop grandes rues.
Perdu dans le couloir d'un bus trop lourd.
Perdu dans une classe trop dense.
Qui emmène des petits de trois ans pendant TOUTE une journée
voir ce dont ils ne se souviendront pas, ce dont ils n'ont que faire.
Qu'en retiendront-ils ? A part leur épuisement ?
A part l'absence de la maman et du doudou ?
A part les bruits et les cris ?
A part le stress et la route glissante ?
A part les fumées noires de ces deux cars ?

Et la mère, la mère qui proclame bas et fort
qu'elle sait penser hors du troupeau pansu.
Qui n'ose pas dire "Non !" quand il s'agit de sauver la vie de sa vie.
Moutonnière jusqu'à laisser la chair de sa chair, le sang de son sang
partir trop loin et trop longtemps dans Babel la dévoreuse.
Prête à laisser partir son fils,
le lendemain du jour où, quatre ans avant, partait son père.
Mauvais présage. Funestes cieux chargés d'orages.
Souffle suspendu jusqu'au soir.
Plongée en apnée dans les eaux ténébreuses de l'angoisse tortueuse.

Au soir clément :
The son is back ! The sun too.
Much ado about nothing.

Désolée pour le dérangement. Certains ont l'angoisse taiseuse.
D'autres moins...

NDLR :
Ca alors, c'est la deuxième fois depuis qu'Overblog a modifié son interface que les réponses que je ne manque jamais d'apporter aux commentaires diligemment laissés par vos soins disparaissent.
Ayant réussi à récupérer la réplique donnée au message de Madame de Keravel dans les entrailles du monstre, je l'intègre directement au corps du texte :
a) parce qu'il ne veut décidément pas se réafficher en tant que commentaire.
b) parce que j'y développe quelques idées qui peuvent éloigner certains malentendus.

Les laisser partir. Oui bien sûr, c'est pour cela qu'on les élève, mais il y a un temps pour tout, et celui-ci ne me semble pas encore arrivé. Pourtant, je ne crois pas être de ces mères qui retiennent pour elles leurs enfants trop longtemps, tout simplement car je n'ai pas construit ma vie autour de l'idée de maternité. Cela fait partie intégrante des expériences fondamentales qu'il est donné de vivre en ce bas monde, mais élever des enfants ne figurait pas parmi les points cardinaux qui ont orienté mes rêves de jeunesse. Ecrire et aimer, oui.
Au contraire, je suis souvent bien aise de ne pas l'avoir dans les pattes tout le temps, pour respirer aussi au rythme de mes propres inspirations, au lieu de suivre le moindre de ses souffles.
Les multiples tâches du métier de mère, je les accomplis par amour, mais non par vocation. Je serai ravie de le voir prendre son envol. Pas plus vide à son départ que je ne l'étais avant son arrivée.
Mais découvrir Paris à trois ans, au milieu de petits bonshommes grouillants et accrochés par grappes à quelques mains adultes, je me demande si le rapport intérêt intellectuel /coût émotionnel en vaut vraiment la peine. Sans parler du coût écologique astronomique que représente le carburant des cars.
Et puis, on ne se met vraiment à craindre la mort qu'après avoir donné la vie.

par Clarinesse publié dans : Enfantillages
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Mercredi 26 mars 2008

(En écho au texte de Clopine Trouillefou, 13 mars 2008)

Où l’on pourra se convaincre qu’il est décidément inutile de chercher une ligne de cohérence quelconque dans la succession des sédiments laissés par les méandres de ce blog si noueux et sinueux.
« La faute à mes sinus », susurra la coupable enrhubée.

D’abord, laissons parler Robert :
Administration :
1°) Action de gérer un ensemble de biens ou des affaires privées et publiques.
2°) Fonction consistant à assurer l’application des lois et la marche des services publics.
3°) Action d’administrer, de donner un remède.

Ensuite, faisons parler Félix (Gaffiot) :
(« Administration » étant dérivé, tout comme « ministre », de « minor », le moindre.)
Minor, donc :
1°) minor, us, oris : comparatif de parvus, petit : le moindre.
2°) minor, atus sum, ari : menacer

(qui a donné notamment « comminatoire », qu’un illustre journaliste confondit un jour avec « jubilatoire », pauvre de lui.)

Ainsi donc, de l’humble et besogneux appareil qui sert les rouages de l’Etat pour ses administrés à la machine démesurée qui menace le citoyen apeuré, il n’y a qu’un pas, dans les méandres de l’imaginaire collectif.
Et puis, sans chercher bien loin, quand Minor se transforme en Minos pour laisser engendrer par sa femme le Minotaure, la cité pacifiée laisse place « [au fils du taureau] et de Pasiphaé. »
Nombreuses sont alors les Ariane perdant leur fil dans ses dédales et les Phèdre au désespoir.

Enfin, passons le bâton de parole à la docte Clopine Trouillefou
dont ce fourre-tout vient en écho à la version intégrale sise ici :
 
http://clopinet.canalblog.com/archives/2008/03/13/8306373.html
et dont voici ci-dessous un petit florilège :

 « « « Cette matière balancée entre l’outrage et le soupir : l’administration. […]
   aussi catastrophique qu’un cyclone, chargée de tous les péchés du monde, Hydre de Lerne, éléphantesque et lourdingue, à réformer de toute urgence depuis cinquante ans au moins, mais surtout à abattre, responsable de tout le malheur de notre société.
 Personne ne souligne jamais que, dans les pays où l’administration est inexistante, ou bien gangrenée par les pots-de-vin, ou encore soumise à l’arbitraire de la dictature (au lieu d’appliquer des lois), la famine, la guerre, le fanatisme, la maladie et la mort règnent en maîtres absolus. […]
Les rouages fonctionnent, quand l'administration est efficace. Les professeurs sont payés, les routes entretenues, les hôpitaux (encore) ouverts, les naissances déclarées, les droits acquis et exercés… grâce à notre administration.
Quand les concours de recrutement (ridicules et dépassés) cèdent la place au clientélisme le plus outré, quand les paies des fonctionnaires (ces privilégiés qui devraient avoir honte) doivent être complétées par des bakchichs, quand l’organisation d’un pays croit pouvoir faire l’impasse sur les circuits administratifs, le chaos n’est jamais loin. Mais qui connaît, en France, le principe de la séparation de l’ordonnateur et du comptable, par exemple, principe qui n’ « a l’air de rien » mais qui est le garant de la bonne gestion de l’argent public ? » » »

Ce n’est pas l’appareil qui est source des maux.
C’est le pouvoir qui s’en sert.
Nul ne gagne en effet au chaos : dictature est fille d’anarchie.

Nous rappellerons donc pour conclure que du magma initial naquit la séparation de l’ombre et de la lumière, de la terre et du ciel et de l’eau, de l’Eglise et de l’Etat, de l’Impôt et du Trésor (respectivement ordonnateur et comptable), du législatif, de l’exécutif et du judiciaire (merci Montesquieu), de la télévision et de l’ignorance. Euh, non, là, y a encore du boulot…


Je n’ai pour ma part jamais travaillé dans un bureau, mais j’en rêve chaque fois que le chaos prend le pas sur l’harmonie. J’imagine parfois (bien illusoirement, n’en doutons pas) l’univers des bureaux comme le règne serein des rouages sans heurts, des papiers bien rangés, de l’ordre où rien ne se perd, ni rien ne se crée. Où tout se conserve.
Archiver la mémoire de l’Etat, consigner les actes.
Chorégraphe et greffier.
Donner un corps écrit, un corps actif à la virtualité législative.
Insuffler l’ordre au mouvement de l’événement,
lui donner la grâce d’Etat.
Inventaire de ce qui s’est fait, de ce qui doit se faire.
Grandes orgues de l’organisation.
Calligrammes des organigrammes.
Qui eût dit qu’on pût trouver du lyrisme même aux scribes ?

par Clarinesse publié dans : Pôle éthique et politique
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Dimanche 23 mars 2008

Non aux fusions. Oui aux rayons.

De deux choses l’une, dit-on en chœur :
Soit l’âme est seule, soit l’âme est sœur.

Eh bien non, tout ceci n’est qu’un leurre
Se récrie l’insurgé(e) sans terreur.

Ce n’est pas être seul de n’être pas en paire.
Se fondre, c’est se perdre : je préfère les éclairs.
Se réchauffer aux rayons des esprits souriants qui surgissent,
Trouée de lumière dans le plafond bas des jours gris qui glissent
Clairière de regards. Les rayons sans les ombres.


Se livrer cœur et larme à autrui,
Se soumettre, docile, sans un cri,
C’est un sort enviable peut-être.
Encor faut-il le reconnaître,
Que lorsqu’on fait de deux âmes une,
Il arrive souvent qu’une meure
Pour que l’autre survive sans heurt.
Il est bien temps alors de hurler à la lune.
Les cœurs siamois, je n’y crois pas.

La charrette est moins lourde à tirer
Quand on est deux à s’efforcer.
Mais s’atteler au même licol,
Et partager la même carriole,
Ce n’est pas s’attacher tout entier.

La fusion de deux êtres n’est qu’une illusion.
L’unité absolue n’est qu’une confusion.

Non aux fusions. Oui aux rayons.

par Clarinesse publié dans : Echappées poétiques communauté : Au fil des mots
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Vendredi 21 mars 2008
1°) De l'art d'accommoder les restes.
Je me permets d'exhumer des strates géologiques déjà enfouies sous la jeune chronologie de ce blog, un vieil article rédigé dans des ciconstances peu réjouissantes il y a quatre ans maintenant, presque jour pour jour.
Comme l'actualité ramène ce sujet sur le devant de la scène et donne une chance à ce propos d'être un peu mieux entendu et un peu plus utile peut-être, le revoici donc sous vos yeux indulgents.
Que ceux qui l'auraient déjà lu me pardonnent cette entorse à l'éthique élémentaire du blogueur consciencieux.
Une fois n'est pas coutume.

2°)
Echo montant de la vallée de larmes vers les hauteurs de l'hémicycle.
Par souci d'épargner la démocratie déjà bien assez éprouvée, je conserve d'ordinaire quelque réticence à joindre ma voix aux concerts d'injures qui fustigent la classe politique dans son ensemble, même si je ne me prive guère en privé d'agonir de critiques acerbes ceux qui me semblent détenir la palme peu académique de la pensée la plus indigente ou de l'honnêteté la moins scrupuleuse. Mais l'inertie des députés qui les fait tant tarder à légaliser l'euthanasie me submerge d'une sombre colère, quand il ne leur faut que quelques jours pour se voter l'augmentation d'une rente à vie. En condamnant à perpétuité ceux qui subissent les pires tortures, enfermés dans la geôle qu'est devenu leur corps martyrisé, en leur refusant la belle de mort, les députés ou certains médecins se comportent, et cela sans hyperbole aucune, comme des tortionnaires, d'autant plus lâches qu'ils se dédouanent de toute culpabilité en arguant du fait qu'ils ne sont en aucun cas responsables des souffrances subies, puisque la maladie s'en charge à leur place.
Un peu d'empathie devrait être exigée avant d'accéder à tout poste de décision, mais cette inestimable qualité semble décidément trop souvent incompatible avec l'ambition dont il faut faire preuve pour devenir un chef.

Revoici donc ces quelques réflexions sur l'euthanasie :

Nul n’a le droit de disposer d’autrui sous prétexte de science.
Nul n’a le droit d’imposer sa volonté à un homme vivant et lucide comme à un morceau de viande.
Nul n’a le droit d’attacher un homme libre, innocent, coupable seulement d’être malade.
Quand un homme vous supplie du regard de le détacher et de le laisser partir dans l’au-delà, c’est de la lâcheté de rester sourd à ce cri muet.
 Ce n’est pas une idée. C’est un être humain. C’est la puissante et impuissante histoire d’un homme contre la théorie et la toute puissance de la technique.
 C’est le combat d’un humaniste contre un humanitarisme aveugle et sourd.

 Mais notre siècle bardé de science, armé de technique, engoncé d’idéologie ne sait que soulager la souffrance physique.
Il refuse la souffrance morale. Il ignore la volonté de l’individu. Il est si facile de clouer la bouche de celui qui hurle sa douleur et sa volonté de partir avec des pansements ou un masque à oxygène. On peut crever d’humiliation, quand on se voit réduit à la merci de soins compétents mais qui par leur seule existence bafouent pudeur et dignité et rappellent à quel point on n’a pas plus de pouvoir qu’un nouveau-né, en prison dans son corps.

 La pitié est une vertu. Mais la pitié devient cruauté quand elle n’est pas respect de la dignité. La technique doit servir l’homme, et non pas l’homme malade servir de démonstration à l’efficacité de la technique.
« Voyez, cet homme n’est pas mort dans mon service. Je l’ai réanimé. Mes statistiques sont sauves. »
 Cela ressemble trop, bonnes intentions mises à part, à ces séances de torture où l’on réanime le supplicié pour prolonger son calvaire. Nul n’a le droit d’imposer à qui que ce soit un supplice digne des geôles des pires dictateurs. Et qu’importe si le bourreau est ici la maladie et non un gardien de prison.
 Le devoir du médecin est de soulager quand il ne peut guérir. Pas de prolonger le martyre.
Ce n’est sinon qu’une barbarie bienveillante.
 Mort et vieillesse sont tabous pour ce siècle à l’âme de fer, au point de ne plus même oser en prononcer les noms, comme s’il s’agissait d’obscénités. Il est vrai que « décès et 3e âge » sont tellement plus humains ! Ils disent seulement la lâche peur de ne pas oublier que la vie du corps n’est pas l’éternelle jeunesse des magazines.

Voir à ce sujet le film insoutenable, bien que très sobre, de Dalton Trumbo, 
Johnny s'en va-t-en guerre (Johnny got his gun), qu'il a tourné en 1971, à partir de son propre livre, publié en 1939.

par Clarinesse publié dans : Méditations métaphoriques communauté : Biffures chroniques
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Jeudi 20 mars 2008

 Vivre : alterner sans répit souillure et purification, en tous domaines.
 Vivant : lieu d'échange permanent.
Je donne et je prends, j'emprunte et je rends.
Empreintes, légères ou grossières, sur cette terre d'emprunt.

Epure. "Eppur si muove
".
Et pourtant, se mouvoir, il le faut.
Et pourtant je ne m'y soustrais pas,
à cette plongée quotidienne dans l'antre de la misère humaine,
dans l'enfer où s'enferrent les sauvageons.
Le prof n'est guère qu'un mineur de fond.
Il ressort noir du poison qui ronge les coeurs
en ces contrées décomposées, décivilisées.

Ne pas se leurrer : 
la société des hommes meurt de cet abandon 
où ne survit que celui qui sait cogner, qui sait souiller.
Le sait-on bien, là où l'on lit, où l'on écrit,

combien l'insulte y est le seul, y est l'unique langage connu ?
Sait-on bien les ravages profonds qu'elle brandit comme une victoire ?
Sait-on que l'obscurantisme le plus médiéval 
gagne chaque jour sur les Lumières ? 
Que les mères sont niquées à chaque minute en mille bouches,
Que les ta race sont maudites chaque seconde,
Que chaque mot de plus de trois syllabes est jeté aux orties
comme une écharpe de grande folle par une horde de néo-nazis ?
A-t-on mesuré l'étendue de cette marée noire, de ces cerveaux mazoutés ?
A-t-on pesé la violence inouïe dont s'enivrent les meutes (l'émeute) ?
A-t-on saisi le prix payé par les missionnés de l'Etat Minor 
sur le front de ces ténèbres ensanglantées, 
pour cacher aux beaux quartiers
la guerre qui gronde à ses portes ?

Comment après avoir subi tant de chaos, rentrer serein en son foyer ?

Le corps se lave dans l'eau,
L'esprit s'épure en mots.

Ecrire est mon salut, mon radeau sur cet océan de fiel,
mon flambeau dans cette nuit sans fin.
Sans le couteau du verbe écrit, du mot choisi, les saletés de la vie
restent collées à mon angoisse comme des moules à leur rocher.
Il me faut me baigner toute entière dans les flots du poète 
pour ôter à ma peau ces relents d'insultes trop poisseuses,
où croupissent en eaux troubles tant de jeunes en friche,
tant d'esprits en jachère.

Ecrire et lire, l'eau claire du mot incandescent qui jaillit
sans scories de qui sait regarder et dire ce qu'il a vu.

Un évier comme lave-vaisselle
(on l'saura)
Un clavier comme lave séquelles.

par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs. communauté : Biffures chroniques
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Mardi 18 mars 2008

Platon avait offert un Banquet, mais je me contenterai pour ce soir de quelques miettes apéritives, afin de ne pas trop laisser sur sa faim Loïs de Murphy à qui j'avais proposé, il y a quelque chose comme presque un mois, un petit récapitulatif sur la tendance inhérente de toute démocratie à glisser vers la tyrannie, à la suite d'un article de son cru sur l'ère joyeuse que nous vivons aujourd'hui.

" La forme de la vertu est une et la forme du vice est multiple. [...]
-Il se pourrait qu'il y ait autant d'espèces d'âmes qu'il y a de constitutions politiques.
-Et combien ?
- Cinq espèces de constitutions et cinq espèces d'âmes."
J'abrège la suite, car les lenteurs parasitées de "Tu l'as dit, il en est ainsi et c'est cela même" des dialogues socratiques m'ont toujours quelque peu agacé l'épiderme.
 La première consacre "le règne du meilleur : la monarchie, ou des meilleurs, l'aristocratie."
            Platon, République, livre IV, 445c-445e.

Quatre livres et cent pages plus tard, on a droit à l'énumération des quatre autres régimes politiques, qui constituent tous des déviations du premier type de constitution, considéré comme idéal par Platon, à savoir la monarchie, ou sa variante, l'aristocratie.
Chacune de ces quatre déviations porte en elle le germe de la suivante :

"Comme tout ce qui naît est sujet à la corruption, ce système de gouvernement ne durera pas toujours."
L'aristocratie peut se muer en timocratie, quand l'excellence se corrompt dans la soif des honneurs et l'ambition personnelle.
Puis vient l'oligarchie, "le gouvernement qui est fondé sur le cens, où les riches commandent, et où le pauvre ne participe pas au pouvoir. [...]
- Comment passe-t-on de la timocratie à l'oligarchie ?
- [...] Ce trésor que chacun emplit d'or, perd la timocratie. D'abord les citoyens se découvrent des sujets de dépenses, puis, pour y pourvoir, ils tournent la loi. [...] Et plus ils ont d'estime pour la richesse, moins ils en ont pour la vertu. [...] Alors ils fixent un cens. [...]
On ne prévient pas ce désordre dans le gouvernement oligarchique, autrement les uns n'y seraient pas riches à l'excès et les autres dans un complet dénuement. [...] Quand il était riche et dépensait son bien, cet homme était-il utile à la cité ? Ou bien, tout en passant pour l'un des chefs, n'était-il en réalité ni chef, ni serviteur de l'Etat, mais simplement dissipateur de son bien ? [...]
-Or, dans les cités oligarchiques, presque tous les citoyens sont pauvres,"
et leur révolte est de plus en plus difficilement contenue par la force, jusqu'à ce qu'ils prennent le pouvoir à leur tour et instaurent une démocratie. 
Laquelle se fonde sur le pouvoir donné au plus grand nombre.
Mais les vices et les instincts les plus bas étant plus répandus que les vertus, la démocratie étant le règne du plus grand nombre, elle est aussi le règne de tendances les moins vertueuses de l'âme humaine, et tend immanquablement vers le chaos et la violence, qui finit par se résoudre en tyrannie.
"Si bien qu'ils rendent l'âme des citoyens tellement ombrageuse qu'à la moindre apparence de contrainte ceux-ci s'indignent et se révoltent. [...]
Le maître craint ses disciples et les flatte, les disciples font peu de cas des maîtres et des pédagogues; [...] Les vieillards, de leur côté, s'abaissent aux façons des jeunes gens [...] de peur de passer pour ennuyeux et despotiques.
Et c'est là, en toute jeunesse, en toute beauté, la naissance de la tyrannie.
Ainsi l'excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude, et dans l'individu, et dans l'Etat."
           extraits du livre VIII de la République, Platon.

Dans les Politiques, Aristote rejoint cette analyse du processus de corruption inhérente à chaque régime politique, mais, plus pragmatique, il renonce à distinguer un unique gouvernement idéal pour en considérer trois possibles, chacun mis en regard de sa version viciée :
la monarchie menacée par la tyrannie, 
l'aristocratie corrompue en oligarchie, 
la démocratie pervertie en démagogie.

Voilà, c'était le quart d'heure nécessaire de Messieurs Cyclopèdes.

Sans oublier Churchill :
"La démocratie est un mauvais système, mais il n'y en a pas de meilleur."

Et le mot de la fin à G.B Shaw :
"La démocratie est un système qui garantit que nous ne soyons pas gouvernés mieux que nous ne le méritons." (Merci à Martin pour le cadeau de la citation). 

par Clarinesse publié dans : Pôle éthique et politique
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Dimanche 16 mars 2008
Où l'on constate une fois de plus que les âmes vendues du marketing 
sont prêtes à prostituer l'écologie devenue à la mode 
pour vendre leurs machines à polluer.

Que n'entend-on pas depuis quelques années sur les vertus économiques et écologiques du lave-vaisselle qui consommerait moins d'eau que n'en utilise le lavage à la main, pour peu qu'il s'agisse d'un "classe A" et qu'on se passe du rinçage manuel ou du prélavage.
Ne serait-ce la mocheté de ces gros tas de ferraille émaillée, je me serais presque laissée convaincre.

Tout d'abord, je ne vois pas bien sur quelle estimation ils peuvent fonder une telle allégation, dans la mesure où les habitudes d'évier varient fort d'une famille à l'autre. Entre ceux qui remplissent deux grands bacs pour laver quatre assiettes, ceux qui laissent couler le robinet comme une source intarissable tout en passant l'éponge sur leur vaisselle et sur le coût de leur négligence pour leur porte-monnaie et notre porteur terrestre à tous, et ceux qui (comme votre humble servante, cela va sans dire) ne laissent filtrer qu'un filet d'eau pour rincer, tout en fermant le robinet quand ils savonnent, il y a un monde : en rémission ou en perdition. 
Ayant gardé des habitudes de randonneuse sachant qu'il faut laver ses gamelles avec l'unique litre d'eau que contient la gourde, remplie trois heures de marche auparavant, et qu'il faudra attendre le lendemain pour la remplir à nouveau, je n'ai pas besoin d'une campagne de pub pour m'imaginer à l'autre bout du tuyau une famille du Sahel recueillant religieusement les quelques gouttes échappées avec parcimonie d'un maigre puits en plein désert.

Mais surtout, quelle ne fut pas mon indignation en découvrant dans le dernier numéro de Que Choisir que si les phosphates avaient disparu des lessives il y a presque dix ans maintenant, ils continuaient à constituer 
plus de 50% de la composition de presque tous les produits de marque pour lave-vaisselle, y compris, et c'est là que l'ignominie est la pire, celui de la marque Eco-Logis qui se vend dans des boutiques bio et se présente comme un produit écolo. 
Seules les marques des distributeurs Leclerc (Rainett), Cora (L'arbre vert), Carrefour et Casino, ainsi qu'Ecover et Etamine du Lys n'en contiennent pas.

Si l'on ajoute à cette pollution l'impact écologique en amont et en aval (matières premières, coût du transport aller-retour, démontage), il ne reste plus grand chose pour sauver ces machines : n'en achetez pas !
Sans oublier qu'il faut se baisser pour remplir et vider un lave-vaisselle (oh le mal de dos en perspective!), alors qu'un brave évier a, lui, l'obligeance de se placer à bonne hauteur ergonomique.
Sans oublier non plus les réminiscences enfantines des joies universelles à barboter les mains dans l'eau. Une étude médicale très sérieuse a établi une nette relation statistique entre le taux d'équipement en lave-vaisselle et le taux de dépression : laisser tremper ses mains dans l'eau tiède aurait des vertus anti-dépressives notoires. 

Mais si le mal est fait et que vous hébergez déjà sous votre toit ce suppôt des marchands et si vous ne voulez pas passer vos étés au bord de rivières envahies de mousses verdâtres où vous pourrez barboter entourés de poissons morts, boycottez toutes les pastilles empoisonnées et rabattez-vous sur celles-là. 

Merci pour elle.
C'était la tribune écolo du jour.

Vérifications via le lien ci-dessus gracieusement offert 
par Madame de "Qui révèle."
 
(Quand on n'a qu'un bon mot à se mettre sous la dent, on le ressort.)
http://www.cipel.org/sp/article63.html
par Clarinesse publié dans : Ecolonomie
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Samedi 15 mars 2008
Un bagage culturel trop bien garni, c'est parfois lourd à porter. 
Des références intellectuelles se peuvent faire aussi envahissantes dans un texte que des étiquettes de voyages sur une valise : 
on finit par n'en plus voir la couleur d'origine.
Pour garder à sa veine tout son flot créateur, délions les mots :
- de leurs affinités éculées : c'est là qu'un peu de pensée aide.
- du poids des concepts et des discours trop didactiques : 
c'est là que trop d'étude pèse.

Je préfère les bouquets de fleurs sauvages aux fleurs de serres trop bien cirées.

Mais ne crachons pas sur l'Alma Mater. 
Eriger l'ignorance en vertu n'est qu'un des combles du snobisme.
Simplement, il faut avoir osé se salir les mains à la glaise de la vie, 
tremper le feu de son savoir dans l'eau glacée des luttes de survie,
pour endurcir l'acier de sa plume servant dehors.
Car de trop blanches mains ne font souvent qu'un blanc-manger un peu douceâtre.
 
(Petit hommage en réponse à Lephauste : 

"Dans un joug aussi on peut dans le secret de l'esprit tailler des pointes de flèches et les endurcir au feu de la révolte et de l'amour. Qui sont à quelques lettres près le même et unique sentiment, le sentiment de vivre en homme."


et Jonavin.)
par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique
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Vendredi 14 mars 2008

C'est après avoir lu les réponses apportées par Loïs de Murphy sur ses Biffures chroniques que l'envie me prit d'en donner ma version, non sans avoir eu besoin de presque une journée pour m'affranchir de l'impertinente pertinence de ses esquives.

L'ÉTRANGE (*) QUESTIONNAIRE d'Eric Poindron, que l'on peut trouver ici :
http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites/
(*) Bizarre, extraordinaire, singulier, surprenant. Le Robert

1 – Écrivez la première phrase d’un roman, un nouvelle, ou d’un livre étrange à venir.

La nuit ne mourait pas encore mais le jour s’apprêtait à naître.

2 – Sans regarder votre montre, quelle heure est-il ?

Euh, pas besoin de montre, l’écran le dit : il est dix huit heures tout rond.

3 – Regardez votre montre, quelle heure est-il ?

Dix huit heures une.

4 – Comment expliquez-vous cette – ou ces – différences du temps ?

La transgression de la question 2 et le respect de la contrainte d’une minute par question.

5 – Croyez-vous aux prévisions météorologiques ?

S’agit-il vraiment d’une croyance ?

6 - Croyez-vous aux prévisions astrologiques ?

En ai-je l’air ?

7 – Regardez vous le ciel, et les étoiles, quand il fait nuit ?

Autant que possible, oui.

8 – Que pensez-vous du ciel et des étoiles quand il fait nuit ?

A Kant : « Le ciel étoilé au-dessus de ma tête et la loi morale au fond de mon cœur »
Et à Pascal : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. »

9 – Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?

Aglaé et Sidonie avec mon fils de trois ans. Les chansons et dialogues en sont d’une grande 
qualité littéraire et musicale (sans rire !)

10 – Que vous inspirent les cathédrales, les églises, les mosquées, les calvaires, les synagogues 
et autres monuments religieux ?

Qu’esthétique et mysticisme n’ont fait qu’un depuis l’aube de l’humanité et que de cette union il 
restera toujours quelque chose. 
Les cieux vides sont faits pour être habités par les artistes. 
(PS : je vois une cathédrale de ma cuisine)

11 – Qu’auriez-vous vu si vous aviez été aveugle ?

Des figures géométriques.

12 – Qu’auriez-vous aimé « voir » si vous aviez été aveugle ?

Les partitions complètes des symphonies de Mozart.

13 - Avez-vous peur ?

Oui.

14 – De quoi avez-vous peur ?

De la planète qui meurt de notre inepte mépris.

15 - Quel est le dernier film horrible que vous avez vu ?

Le monde selon Monsanto.

16 - De qui avez-vous peur ?

Des requins de la finance et des adeptes des « revolving doors » 
qui rongent la Terre et ses p
assagers.

17 - Vous êtes vous déjà perdu ?

Très souvent. Et pas seulement dans mes pensées.

18 - Croyez-vous aux fantômes ?

Non. Sauf quand je pense à l’engouement d’Hugo ou Maupassant pour les tables qui tournent.

19 - Qu’est-ce qu’un fantôme ?

Version diurne : 
le nom dont on affuble l’objet de nos ignorances, de nos craintes et de nos 
désirs.  
Version nocturne : ce qui nous hante et s’affranchit de son hôte initial. Le 
Horla.

20 - En l’instant, à l’exception de l’ordinateur, quel(s) bruit(s) entendez-vous ?

Le vent qui rugit de rage en poussant les nuages.

21 - Quel est le bruit le plus effrayant que vous ayez entendu – « la nuit avait l’allure d’un 
cri de loup », par exemple - ?

Les gémissements de mon fils avec quarante de fièvre.

22 – Avez-vous fait quelque chose d’étrange aujourd’hui ou ces derniers jours ?

A part écrire ?

23 – Êtes-vous déjà allé dans un confessionnal ?

Oui (c’est petit, mais je faisais moins d’1m50 à l’époque).

24 – Vous êtes au confessionnal ; alors confessez-moi l’innommable.

Pas de secret donné sans secret promis.

25 –Sans tricher, qu’est-ce qu’un « cabinet de curiosités ».

Une pièce où l’on rassemblait, depuis le XVIIe siècle à peu près, si je ne m’abuse, un tas d’
objets insolites propres à émerveiller ses visiteurs.

26 –Croyez-vous à la rédemption ?

« Et l’immortalité terrestre s’offrit comme substitut de la vie éternelle » (Sartre, Les mots). 
Le verbe rédempteur pour l’âme seule, la conscience de la finitude pour la planète, mais j’en doute. Dans l’au-delà, non.

27 – Avez-vous rêvé cette nuit ?

Oui.

28 - Vous souvenez-vous de vos rêves ?

Rarement, et seulement après une mauvaise nuit cernée d’angoisses.

29 - Quel est le dernier rêve que vous avez fait ?

Un livre de théâtre déchiré par un élève et jeté aux pieds du bureau. 
(Jamais encore vécu, ouf !)

30 – Que vous inspire le brouillard ?

Nacht und Nebel. Ou l’univers des sœurs Brontë.

31 - Croyez-vous aux animaux qui n’existent pas ?

N’y aurait-il pas une antinomie dans les termes ? Nous n’avons pas encore découvert la moitié des 
espèces vivant sur cette terre, notamment au fond des océans. Mais l’animal habite au royaume des sciences. La croyance ici est nulle et non avenue.

32 - Qu’est-ce que vous voyez sur les murs de la pièce où vous êtes ?

Des livres et une lettre autographe encadrée d’un auteur très cher : 
des murs de papier de toutes 
sortes.

33 - Si vous deveniez magicien, quelle est la première chose que vous feriez ?

Douer d’intelligence la crétinerie humaine 
et de mansuétude la voracité des vautours des
finances.

34 - Qu’est-ce qu’un fou ?

Ce n’était pas la question, mais ce sera ma réponse. Selon Desproges, je crois : « Un névrosé 
sait que 2+2=4 et s’en désole. Un psychotique croit que 2+2=5 et s’en réjouit ». Proposition numéro deux.

35 - Etes-vous fou ?

Assez pour oser transgresser ce qui doit l’être si le salut passe par là.

36 – Croyez-vous en l’existence des sociétés secrètes ?

Croire n’est pas le mot. 
Oui, francs-maçons et consorts existent depuis longtemps, mais cela ne 
me hante pas. Sauf quand il s’agit de dominer le monde (Monsanto, Elf et Cie again)

37 – Quel est le dernier livre étrange que vous ayez lu ?

Je ne lis guère de livres étranges. Je préfère ceux qui éclairent à ceux qui embrument. Mais si 
l’on doit faire entrer dans la case ceux qui envoûtent, 
alors ce sera Un balcon en forêt de 
Gracq.

38 – Aimeriez-vous vivre dans un château ?

Oh que non. Les soucis de toiture à refaire, je préfère les laisser aux bâtisseurs. 
Je préfère 
hanter les chefs d’œuvre de papier.

39 – Avez-vous vu quelque chose d’étrange aujourd’hui ?

Seuls les adeptes du paranormal voient l’étrange. 
Je ne vois que ce qui me blesse ou m’
émerveille.

40 – Quel est le denier film étrange que vous avez vu ?

Non point étrange, mais sublimement tragique : 
« Saint-Germain ou la négociation », sur les 
pourparlers 
ayant préludé au massacre de la Saint Barthélémy.

41 – Aimeriez-vous vivre dans une gare désaffectée ?

J’aime le vent, mais non les courants d’air. 
Si c’était le cas, j’aurais depuis longtemps offert 
mon doux logis 
à ceux qui ont le plaisir d’y habiter.

42 – Etes-vous capable de deviner l’avenir ?

M’appellerais-je Dieu sans le savoir ?

43 – Avez-vous déjà pensé vivre à l’étranger ?

Oui.

44 – Où ?

Là où l’on ne massacre pas inconsidérément la nature, mais sans vivre pour autant les pieds dans 
la boue. Plus réalistement en Allemagne.

45 – Pourquoi ?

Parce qu’y vivent beaucoup de ceux qui me sont (très) chers.

46 – Quel est le film le plus étrange que vous avez vu ?

Je ne retiens pas ce qui m’emplit de malaise. Je ne retiens que ce qui bouleverse. Enchanteur ou 
tragique. L’un des plus beaux : La fille de Ryan, de David Lean.

47 – Auriez-vous aimé vivre dans un presbytère ?

Oui, comme Christian Bobin.

48 – Quel est le livre le plus étrange que vous avez lu ?

Décidément, j’ai bien du mal avec l’étrangeté. 
Le livre de l’intranquillité, de Pessoa, peut-
être.

49- Préférez-vous les sabliers ou les globes terrestres ?

Les globes terrestres. J’aime l’espace organisé, et fuis le temps qui fuit.

50 – Préférez-vous les loupes anciennes ou les armes blanches ?

Si l’on considère l’Opinel du randonneur comme une arme blanche, 
et les branches à écorcer comme 
des victimes potentielles, ce sera les secondes.
J'ai toujours un canif dans mon sac.

51 – Qu’y a-t-il, selon toute vraisemblance, dans les profondeurs du Loch Ness ?

Des sédiments et des cadavres en décomposition (ce qui revient au même).

52 – Aimez-vous les animaux empaillés ?

Pouah !

53 – Aimez-vous marcher sous la pluie ?

« I’m singing in the rain ». Et la Bretagne coule en moi.

54 – Que se passe-t-il dans les souterrains ?

Je ne suis pas allée y voir. Claustrophobie totale.

55 – Que regardiez-vous quand vos yeux se sont détachés de ce questionnaire ?

Par la fenêtre, le ciel déchiré de nuages décoiffant les arbres, avec cette lumière particulière 
d’après tempête, quand le soleil presque couché éclaire d’en bas le ciel, plus sombre que la terre. 

56 – Que vous inspire cette phrase célèbre : 
« dès qu’il eut franchi le pont, les fantômes 
vinrent à sa rencontre » ?

Le gothique anglais.

57 – Sans tricher, d’où est tirée cette phrase célèbre : 
« dès qu’il eut franchi le pont, les 
fantômes vinrent à sa rencontre » ?

J’n’en sais rien. Anne Radcliffe ? Shakespeare ? *

58 – Aimez-vous marcher la nuit dans la forêt ou les cimetières ?

Accompagnée des personnages d’un beau film romantique, 
et tandis que je bois un bon thé sur un 
canapé moelleux, pourquoi pas.

58 – Écrivez la dernière phrase d’un roman, d’une nouvelle, d’un livre étrange à venir.

Il leva les yeux et vit l’aurore aux doigts de rose qui renaissait en même temps que son espoir, 
et s’abreuvant ensemble aux gouttes de rosée, ses cils ployaient sous la joie toute en larmes comme les tiges inclinées sous les fleurs qui se pâment.

59 – Sans regarder votre montre, quelle heure est-il ?

Dix neuf heures.

60 – Regardez votre montre. Quelle heure est-il ?

Dix neuf heures une. (Sans tricher, je n’y crois pas moi-même.)

*(NDLR : après vérification, elle est en fait dans Nosferatu le vampire de Murnau)

par Clarinesse publié dans : Epistolaire
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Mercredi 12 mars 2008
Deux films à voir absolument :
Le monde selon Monsanto
de Marie-Monique Robin la bien nommée, passé hier soir sur Arte.
We Feed the World - le marché de la faim, d' Erwin Wagenhofer.
Adeptes de films d'horreur, précipitez-vous. 
Même les plus blasés seront effrayés.
Et cette courte vidéo à recommander à tous :
http://www.youtube.com/watch?v=9VhpaR8xcfc
extrait d'une conférence de l'agronome Claude Bourguignon
que vous pourrez voir complète en tapant son nom sur Google.

(NDLR : désolée, pas le temps ni l'envie de styliser sur le sujet.)

Accordons au directeur de Monsanto la seule parole juste qui pût sortir de cette firme, le rappel de cette vérité de base : " La science en général, et la génétique en particulier, n'est ni bonne ni mauvaise : elle n'est qu'un outil neutre et dépend de ce qu'on en fait."
Certes, une grande partie de ce que mange l'humanité provient d'hybridations, de croisements et de manipulations qui ont modifié le patrimoine génétique animal et végétal depuis des siècles. Sans elles, la carotte, la fraise, et tant d'autres variétés n'existeraient pas. 
Et les moyens scientifiques actuels permettent de modifier le patrimoine génétique des espèces directement sur le génome. Mais cette révolution exige une vigilance de chaque instant.

Tout le reste est monstrueux. 
Les suicides massifs de petits paysans indiens producteurs de coton surendettés et ruinés car contraints d'acheter à prix d'or des semences modifiées qui ne poussent ensuite qu'arrosées massivement d'engrais et de pesticides, contrairement aux mensonges criminels de la firme. Catastrophe humaine et écologique à la fois.
En Amérique latine comme en Asie et bientôt en Afrique, ces monocultures transgéniques destinées à l'exportation tuent la polyculture vivrière et affament les familles de paysans que le pesticide pulvérisé sans mesure ni précaution ronge par ailleurs.

La vision aussi cauchemardesque que celle des enfants malformés de Tchernobyl, de foetus asiatiques conservés dans le formol en bocaux alignés, bébés siamois, à deux têtes, quatre bras, etc... tous nés de mères exposées au pesticide Round Up pulvérisé massivement sur le soja modifié pour y résister. Sachant que la majorité de l'alimentation des animaux que nous consommons est fabriquée à partir du soja en question qui stocke ce pesticide, on est certain de le retrouver déjà largement dans nos assiettes.
De quoi convaincre beaucoup d'hésitants de devenir végétariens.

L'utilisation barbare d'une hormone permettant d'augmenter de 20% la production laitière des vaches, distendant leurs pies sans pitié et occasionnant toutes sortes d'infections. M'étant moi-même transformée un temps en vache à lait à l'usage exclusif de mon fils, je compatis de tout coeur avec ces infortunées dont je partage la douleur, la peau distendue jusqu'à éclater comme un ballon de baudruche.

Le climat de terreur qui s'insinue dans les campagnes nord-américaines au moyen de milices privées de Monsanto qui viennent contrôler à l'improviste et à toute heure du jour ou de la nuit, si les agriculteurs n'ont pas replanté les semences qu'ils n'ont pas le droit de conserver mais doivent racheter chaque année. Le KGB (ou la Gestapo ou la Stasi ou le maccarthysme, au choix) est de retour.

Le noyautage de toutes les instances étatiques de contrôle, notamment la FDA (Food and Drug Administration) par les cadres de Monsanto, supprimant toute indépendance des pseudo-expertises de santé publique menées selon une méthodologie qui fait rire (et pleurer) tout scientifique compétent et scrupuleux. Ce procédé de colonisation de l'Etat par les multinationales est connu là-bas sous le nom de "revolving doors", les portes tournantes, ou ici sous le terme de "pantouflage" : la reproduction incestueuse des élites et leurs fonctions interchangeables dans les grands corps étatiques ou industriels. Les seuls universitaires à l'avoir dénoncé, en Ecosse par exemple, ont été licenciés sur le champ après une éhontée campagne de diffamation.

Le principe absurde et anti-scientifique adopté cependant par l'administration Bush père, d' "équivalence en substance", déniant toute spécificité aux OGM, les fait purement et simplement disparaître de tout texte législatif américain. Selon la loi des Etats-Unis, les OGM n'existent tout bonnement pas, puisqu'ils sont assimilés aux espèces obtenues par les techniques traditionnelles d'hybridation.

Les seuls plants de maïs authentiques et ancestraux d'Amérique, qui demeurent au Mexique, menacés eux aussi par les OGM qui les contaminent par pollénisation sauvage. A plus ou moins long terme, les espèces naturelles n'existeront tout simplement plus.

Et le plus inquiétant peut-être dans cette invasion, réside dans le phénomène inouï selon lequel un gène, inoffensif en soi, ajouté à l'ADN d'un organisme nouveau, peut se révéler mortifère et abominablement pathogène selon la place qu'il occupe dans le génome qui l'héberge.
Selon cette localisation, qui s'avère aléatoire en cas de pollénisation sauvage, ou même en cas de contamination en laboratoire (selon le curieux procédé du bombardement de l'organisme visé via des particules d'or chargées du gène parasite), les effets sur le phénotype s'avèrent totalement différents, créant des aberrations aussi monstrueuses sur des épis de maïs que sur des foetus bicéphales : des pétales aux formes et aux emplacements excentriques,  étrangement effrayants comme des bêtes féroces, des plantes hérissées de feuilles ébouriffées là où les grains devraient s'aligner harmonieusement, etc...

Le discours d'un chercheur en génétique à l'Université d'Orsay, récemment chassé de son labo pour cause de libre pensée, approfondissait la réflexion avec une magistrale clarté dans le Théma qui suivait.

Je doute malheureusement de l'efficacité des faucheurs volontaires dans cette guerre sans merci. La faux du croquant ne fait que renforcer l'accapareur en sa forteresse. Il y faut de la diplomatie. Il y faut de la ruse. Il faut trouver le nouveau cheval de Troie qui stoppera l'ignominie de ces âmes damnées.
par Clarinesse publié dans : Ecolonomie communauté : La commune des philosophes
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