Cahiers de l'aube.

1°) Window : nom anglais de la fenêtre. Etymologie : 
de l'ancien saxon Wind Auge,
l'oeil du vent.

2°) Les métaphores, c'est comme les collants. 
Ca file vite si on n'y prend pas garde;

3°) - Métaphore et crie-toi. (d'après Luc)

Vendredi 11 avril 2008
Comme il me reste encore quelques minutes et pour confirmer
la baisse consternante de standing de ce lieu mal entrenenu,
je me laisse aller à vous confier une petite blague vraiment simplette
en apparence mais qui en dit plus long qu'elle ne le laisse croire
si on y regarde de plus près :

"Un homme semble chercher ses clefs sous un réverbère.
Un passant s'approche :
- Vous avez perdu quelque chose ici ?
- Non, mais c'est le seul endroit où il y a de la lumière."

Vous avez deux heures. Veuillez disserter sur l'obscurantisme à partir de cette fable.

par Clarinesse publié dans : Enfantillages
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Vendredi 11 avril 2008
Attention, chute de niveau littéraire vertigineuse.
Âmes sensibles et sujettes au vertige s'abstenir.


Ah ben ça alors !
Vous n'pouvez pas savoir comme ça fait plaisir de lire tous ces jolis messages
qui m'attendent après un silence d'une semaine.
Après trois mois d'intense activité blogosphérique, me voilà contrainte et forcée
de me désintoxiquer pour cause de séjour au fin fond de la cambrousse bretonne
où les mouettes semblent communiquer avec plus d'aisance que les cyber-humains.
Mais contre toute attente, le beau ciel animé de reliefs aussi inspirés que
ceux de ses rochers de granit rend presque indolore le phénomène de manque.
Incroyable.
Alors que je me précipitais de plus en plus vite sur mon écran
à chaque fois que je le pouvais sans même parfois prendre le temps
de m'acquitter de mes devoirs les plus élémentaires, voilà que j'arrive à respirer
à pleins poumons sans me connecter plus d'une demi-journée d'affilée.
Etonnant, non ?

J'espère que vous me pardonnerez de ne pas répondre à chacun de vos messages
tout de suite, car mon temps de visite est limité.
Courte sortie dans un cyber-café avant de replonger pendant une semaine dans les landes
hantées de korrigans.

A mon retour, promis-juré,
1°) des réponses à la pelle
2°) quelques petits articles en cours de travaux,
(car je n'ai tout de même pas poussé le vice jusqu'à ne pas emporter mon portable)
peut-être même de nouvelles histoires de fées et de dragons.
3°) et des petits tours et grands détours par vos blogs aux rayons desquels il fait si bon se réchauffer.

Je n'ajouterai qu'un mot qui saute au fond de ma cage thoracique depuis
plus d'une demi-heure, résonnant plus fort dans le silence du lieu
où seul murmure le clapotis des tapotis de clavier
qu'un Te Deum tonitruant dans une cathédrale :

MERCI !!!
Moi qui croyais que tout le monde m'aurait oubliée au bout de trois jours.
Vous ai-je dit merci ?






par Clarinesse publié dans : Epistolaire
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Samedi 5 avril 2008

 

Il était une fois un dragon qui s’appelait Léon.

Comme tous les dragons, il manquait singulièrement de compréhension pour les infortunés habitants des villes qu’il assiégeait de son haleine de feu fétide.

C’est dans la délicieuse ville de Palsambleu qu’il choisit de passer ses vacances de Pâques, car il n’avait encore jamais goûté à ses spécialités, à base de fromage moisi et de poisson pourri. Tous ces raffinements le mettaient déjà en appétit, car il avait toujours été convaincu que le secret de la bonne cuisine consistait à savoir prendre son temps. Un fromage de deux ans d’âge et du poisson vénérable ne pouvaient qu’être délectables.

            Les babines déjà dégoulinantes de salive vorace, il se rendit, clopin-clopant, à la mairie pour y déposer un formulaire de demande de prélèvement automatique.

            Il savait qu’il valait mieux pour tout le monde faire les choses dans les règles de l’art et respecter scrupuleusement les démarches à suivre.

            Bref, il s’inscrivit auprès du maire pour obtenir le droit de prélever chaque jour un petit Palsambleuet bien frais.

            Le maire accepta sans opposer grande résistance, d’autant plus qu’il eût l’assurance que ses propres enfants seraient épargnés et que le dragon lui avait proposé, en échange de sa chair fraîche quotidienne, de lui offrir des sacs à main et des fauteuils en cuir de crocodile qu’une cousine reptile lui mettait de côté à chaque fois qu’elle arrivait à capturer un des nombreux enfants d’une famille voisine avec laquelle ils étaient en guerre.

Au bout de trois semaines tout de même, le maire fit courtoisement remarquer à Léon le dragon qu’il n’y avait plus beaucoup de petits Palsambleuets bien dodus et bien tendres, et qu’il faudrait maintenant attendre quelques années avant de renouveler le cheptel. Peu enclin à prendre en considération le souci de préserver l’écosystème en observant des périodes de trêve entre ses cures de consommation intensive, le dragon émit un rugissement modérément sympathique.

            Devant cette manifestation soudaine et inattendue d’hostilité, le maire, resté jusque là fort patient, lui rétorqua : « Va donc voir ailleurs si j’y suis. »

            Après un premier mouvement de colère qui mit le feu à la salle des mariages toute en boiseries antiques de l’Hôtel de Ville de Palsambleu, le dragon fit demi-tour car il se dit qu’après tout, il commençait à se lasser de l’assaisonnement monotone des petits Palsambleuets à base de fromage moisi et de poisson pourri.

 

            Il se mit en route vers la bonne ville de Bœufs-les-Dindes dont on lui avait vanté le caractère conciliant des habitants. Dès son arrivée, il promit d’offrir de jolis jouets aux parents qui accepteraient de lui donner leurs enfants à manger. Comme les papas et les mamans de Bœufs-les-Dindes  ne savaient rien refuser à leurs enfants et que ceux-ci réclamaient déjà à cors et à cris les ballons tout ronds et les camions marron, ils acceptèrent tout de suite. Ce n’est qu’après qu’ils se rendirent compte que les jolis jouets ne leur serviraient pas beaucoup, une fois leurs enfants dévorés. Mais il était trop tard pour réfléchir : le contrat était signé.

            Chaque jour, donc, un petit bovin-dindonneau était jeté en pâture au dragon Léon.

La population de Bœufs-les-Dindes ne cessait de diminuer, quand vint le tour de la jolie petite princesse, fille de Monsieur Leprince-Délu. On l’appelait Ursuline la maline, car elle avait plus d’un tour dans son sac à malice : des tours d’écrou, des tours de magie, des tours de passe-passe, des tour de France à vélo, des tours de main, des tours du propriétaire, des tours-nez en bourrique, etc…

            Quand le dragon la vit, il la trouva beaucoup trop jolie pour la manger : ce serait du gâchis, pensa-t-il. Plutôt que dans mon estomac, je la verrais bien sur ma cheminée, entre mon vase en porcelaine rose et le portrait de ma grand-mère. Elle serait très décorative.

 Il l’emmena alors chez lui, où elle joua parfaitement le rôle de potiche pendant un temps.

Mais au bout de quelques jours, une idée se mit à luire discrètement au fond de ses prunelles d’ébène. Elle attendit la nuit, et, profitant du sommeil du monstre, elle descendit sans bruit de la belle cheminée de marbre, et se saisit d’un tison ardent dans l’âtre où de belles bûches flambaient encore. Se souvenant de ses lectures mythologiques, elle revit Ulysse, le rusé voyageur qui creva l’œil du Cyclope Polyphème pour s’échapper de sa caverne.

Songeant qu’elle avait deux fois plus de travail que le héros grec puisque le dragon avait bien deux yeux, elle se hâta de les transpercer d’un même élan avec la pointe rougeoyante qu’elle avait soigneusement choisie.

Le dragon, fou de douleur, se précipita dans la mer pour éteindre le feu qui le dévorait, mais comme il n’y voyait plus rien, il n’arriva pas à rejoindre le rivage et se noya.

Ursuline la maline retourna dans sa bonne ville où elle fut acclamée par la foule.

Certes, quelques parents mécontents lui reprochèrent de ne pas s’être présentée à l’abattoir un peu plus tôt, ce qui aurait épargné la vie de tous ceux qui l’avaient précédée.

Mais quand Ursuline eut raconté que c’était grâce à ses connaissances mythologiques qu’elle avait vaincu la bête immonde, tous les parents se remirent à lire des histoires à leurs enfants, pensant que c’était encore le meilleur moyen de sauver leur vie de bien des périls.

 

NDLR : Voilà ce que c'est de partir en vacances en ayant oublié les livres préférés du fiston.
L'histoire du soir, on n'y coupe pas. Faut remplacer, en direct et sans filet.

par Clarinesse publié dans : Enfantillages
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Jeudi 3 avril 2008
Pour clore cette trilogie linguistique non préméditée,
le choix est embarras.

Valérie Cruzin ?
Cette institutrice qui s'est suicidée à la suite de calomnies.
Voir les détails dans ces deux articles du blog de Dominique Boudou :
http://www.cetaitdemain.org/article-18237510.html et
http://www.cetaitdemain.org/article-17914070.html

Ingrid Betancourt ?
Certes, la mobilisation sur son unique nom peut révolter,
ignorant la multitude des autres malheurs du monde et bâtie sur
la richesse de son empire industriel et politique.
Mais reste intacte sa souffrance de n'avoir pas vu grandir ses enfants.
Et reste aussi sa valeur de symbole.


par Clarinesse publié dans : Pôle éthique et politique
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Jeudi 3 avril 2008
Pour mieux se convaincre de l'urgente nécessité de ne pas mourir idiot,
observons le comportement d'une électrice
du président le plus ignorant du pays le plus puissant du monde.
Mais la remise en cause de sa suprématie par les états
qui ont encore une école qui fonctionne (la Chine, l'Inde qui fabriquera bientôt plus d'ingénieurs que nous chaque année, etc...) ne saurait tarder.
On a les chefs que l'on mérite (ici comme là-bas).
Le problème, c'est qu'ils en font profiter le monde entier.
Allez donc lui faire comprendre, à cette "dinde" (je cite), qu'elle pourrait
renoncer à son brushing quotidien pour que la planète
se réchauffe moins vite que ses neurones ne se sont grillés.
Il ne s'agit pourtant pas de se laisser aller à un ènième lynchage misogyne, ou de cautionner un jeu qui cherche une fois de plus à humilier l'adulte face à l'enfant, mais de réfléchir à l'avenir d'une société qui produit de telles machines à consommer.
On se croirait déjà dans le futur dépeint dans un film, presque un nanar,
mais dont l'idée de départ est à creuser, sorti il y a quelques années : Idiocratie.
La preuve en images :
http://fr.youtube.com/watch?v=auq2zxAi5Tg
et en paroles :
Selon George W. Bush : "Sarkozy est la dernière incarnation d'Elvis Presley"
http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=469372
Oh my God ! Au secours !
(Droits d'auteur: lien trouvé sur le site de la Soph, ici :
http://lestoujoursouvrables.over-blog.com/article-18388260.html)

On comprend mieux les réticences de Churchill et de certains philosophes concernant la démocratie.
(rattrapage théorique ici : http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-17852035.html )
"La démocratie est un système qui garantit que nous ne soyons pas gouvernés mieux que nous ne le méritons." G.B.Shaw. (Merci à Martin pour le cadeau de la citation).
Sans l'éducation due par le pays à son peuple, la démocratie
n'est qu'une coquille vide qui ne peut mener qu'à une dictature larvée.
Comment faire élire un vrai politique, visionnaire et responsable à la fois, par quelqu'un qui ne voit pas plus loin que son voisin de pavillon ?
L'éducation est le corrélat indispensable de tout système électoral qui fonctionne.
Il ne peut y avoir dans un pays d'illettrés qu'une république bananière.
On peut tout faire gober à l'ignorant.
Et l'on s'étonne que la "pensée" créationniste soit florissante aux Etats-Unis ?
Que la science recule chaque jour face à l'obscurantisme ?
Et l'on s'étonne après que les campagnes électorales américaines,
et de plus en plus les nôtres hélas, ressemblent à des campagnes de publicité pour lancer des lessives à laver le cerveau ?
Qu'il faille dépenser des millions de dollars pour acheter des ballons de baudruche et se soumettre ensuite aux quatre volontés des multinationales lobbyistes qui vous ont acheté et exigent que vous placiez leurs intérêts au dessus de celui des citoyens ?
Regardez ce qui se passe ces jours-ci encore avec Monsanto, qui fait tout accepter à nos députés, ici à Paris, ou à la commission de Bruxelles.
Il n'est pas nécessaire d'être riche pour séduire un peuple intelligent :
un beau discours suffit.
Réécoutez les prouesses oratoires et dialectiques de Blum, de Mendès-France.
Et comparez-les aux prompteurs de Bush, de MacCain, de Ségolène Royal ou d'autres...
Il n'est pas de meilleur rempart contre le règne de l'argent tout-puissant que la culture et l'intellect.
Mais il faut bien des moyens financiers pour séduire les imbéciles.
Le pouvoir aux crétins, c'est la dictature de l'argent assurée.
"Qui veut gagner des millions ? Qui croit au Père Noël ?"
"Moi, moi, moi" répondent en choeur les mouettes,
et de déposer leurs fientes dans l'urne.

Question approfondie ici pour les amateurs :
http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-15208055.html

par Clarinesse publié dans : Pôle éthique et politique communauté : La commune des philosophes
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Lundi 31 mars 2008
Traduction pour les non-teutonophones :

Allusion au roman monumental de Robert Musil,
Der Mann ohne Eigenschaften : L
'Homme sans qualités.

Die Frau ohne Mitgliedschaften, c'est la femme sans appartenances.

Allégée de toute allégeance.
Refus des clans, refus des camps.
Délirante délivrance ?
Illusoire liberté ?
Randonnant de pays en partis,
sans jamais se sentir d'ici plus que d'ailleurs.

Même si ses racines s'abreuvent à la fontaine constante
dont la corneille boit l'eau, parmi la bruyère.
par Clarinesse publié dans : Pôle éthique et politique communauté : Au fil des mots
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Lundi 31 mars 2008

Qui l’eût cru ? Voilà que je profite de façon éhontée du (re-)passage d’innocents lecteurs par ici pour leur infliger un nouveau pensum ménager.

Espérant que ces vains et codés exercices de style ne vous auront pas trop échaudés, la blanchisseuse, rougissant de confusion d’avoir noirci tant de lignes pour si peu, vous prie d’accepter les excuses les plus humbles qui se puissent trouver dans l’eau trouble qui ruisselle aujourd’hui en torrents dans les caniveaux embourbés. Elle tâchera de ne pas récidiver trop souvent.

 

Les divagations embuées qui précèdent se sont pourtant imposées avec aussi peu de prévenance que les vapeurs de pressing, donnant à l’atmosphère qui règne dans cette buanderie un taux d’hygrométrie oulipienne à la limite du respirable.

Aérons un peu ces jongleries trop denses.

 

Que fait-on là à minauder dans l’amidon ?

Tâchons d’aborder avec détachement le véritable enjeu de la question :

laissons la place à l’amie, donc, de la planète.

On croit trop aisément qu’il ne reste à l’écolo qu’à taire son indignation devant les mille absurdités de notre vie moderne.

Mais comme Jacques Tati le disait si bien dans Playtime,

« fini de jouer » derrière nos baies vitrées bien astiquées.

Non point seulement que cette corvée m’insupporte, même si une belle chemise blanche bien nette n’est pas exactement ce qui se fait de plus laid.

Mais il faut avouer que le repassage excessif n’est pas toujours très sage :

Le fer ne dévore pas que le temps et l’énergie de la ménagère.
Il est aussi un ogre électrique.

On peut donc en conclure sans trop exagérer
que l’intérêt de la paresse rejoint ici celui de la planète.
Une fois n’est pas coutume

"Non aux repasseuses ! Oui aux paresseuses ! "

Sans vouloir renoncer à l’impératif catégorique de l’esthétique, j’essaie ainsi dans la mesure du possible de trouver ce qui se tient à peu près droit sans repassage.

Vive l’hiver et ses gros pulls.

Mais que faire en été ?
Répondre à cette épineuse question pas encore de saison
nécessite une entrée en matière plus concrète
qui ne froisse pas notre fibre écologique.

 

Paradoxons en chœur et "rangeons le fer ailleurs".
(merci à Fardoise pour le jeu de mots en cadeau-bonus).
"Si le fer a ses vapeurs, qu'on le laisse au repos" au lieu de le faire plancher.
(merci aussi à Jonavin pour le jeu de mots en cadeau-bonus).

Pour cela, imprégnons d’une brume d’éthique dialectique
les étiquettes de nos textiles.

Dégageons notre discours engoncé dans la discutable opposition binaire
entre matières naturelles et synthétiques.

 

Ces dernières ne proviennent-elles pas du pétrole, lui-même obtenu par la décomposition de micro-organismes et de sédiments parfaitement naturels ?

Et même si l’abus d’hydrocarbures est dangereux pour la santé des poumons de la planète, n’est-il pas probable que les fibres textiles fabriquées à partir de bouteilles plastiques recyclées demeurent plus respectueuses de l’équilibre écologique que des articles en coton ayant parcouru le globe entier de sous-traitants délocalisés en cargos recrachant leurs noires fumées ?

 

Est-il en effet bien raisonnable de qualifier de naturel le coton (sauf s’il est bel et bio), alors qu’on sait quels efforts titanesques il a nécessité pour en maintenir une culture intensive bien artificielle ?

Alors que pesticides et herbicides y sont pulvérisés massivement ?

Alors que les travaux d’irrigation forcenés exigés par Staline pour alimenter ses champs cotonniers démesurés ont contribué à l’assèchement tragique de la Mer d’Aral ?

Alors que, lorsqu’il est de mauvaise qualité, il résiste de toutes ses fibres et ses faux plis au repassage, démultipliant le temps et l’électricité dépensés ?

 

On pourrait en effet limiter peu à peu l’usage des matières les plus longues à défriper.

Ainsi le lin (dont les graines sont par ailleurs dotées de bien des vertus, riches en Oméga 3 notamment), justement parce qu’il se froisse au premier mouvement, rend vain tout effort pour le dérider durablement. Inutile d’espérer conserver plus de trois minutes la plénitude de sa surface peu lisse à moins de concurrencer l’immobilité d’un habitant du musée Grévin.

Mais cette belle plante a le bon goût de garder sa fierté même chiffonnée, pour peu, simplement, que l’on choisisse des formes qui se drapent dans leur dignité, majestueuses dans leurs faux plis assumés parmi les grandes lignes de force.

 

Enfin, achevons cet inventaire peu inventif d’un coup de bambou final dont les vertus infinies et trop largement insoupçonnées feront un jour l’objet d’un panégyrique en grande forme.

Je me contenterai ici de vanter l’incomparable et douce fluidité de ce textile dont le caractère fort obligeant ne se froisse presque pas.

Si l’on ajoute brièvement que cette herbe géante pousse toute seule ou presque à une vitesse hallucinante ; que l’on pourrait, comme l’Asie le fait depuis des millénaires, l’exploiter dans bien des domaines ; que sa fibre textile possède des vertus antibactériennes et absorbantes inégalées, on ne peut que songer que le salut passe par le bambou de ficelle. Ou plutôt la ficelle de bambou.

 

Sur ces circonvolutions peu littéraires, je vous laisse méditer ces quelques vers qui achèveront de vous assommer sous leur légèreté marmoréenne :

 

«Moi, c'est moralement que j'ai mes élégances.

Je ne m'attife pas ainsi qu'un freluquet,

Mais je suis plus soigné si je suis moins coquet;

Je ne sortirais pas avec, par négligence,

Un affront pas très bien lavé, la conscience

Jaune encore de sommeil dans le coin de son oeil,

Un honneur chiffonné, des scrupules en deuil.

Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise,

Empanaché d'indépendance et de franchise.

Ce n'est pas une taille avantageuse, c'est

Mon âme que je cambre ainsi qu'en un corset,

Et tout couvert d'exploits qu'en rubans je m'attache,

Retroussant mon esprit ainsi qu'une moustache,

Je fais, en traversant les groupes et les ronds,

Sonner les vérités comme des éperons.
[...] Je n'ai pas de gants ? La belle affaire !
Il m'en restait un seul, d'une très vieille paire,
Lequel m'était d'ailleurs encor fort importun.
Je l'ai laissé dans la figure de quelqu'un. »

 

                                                           Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac.

par Clarinesse publié dans : Ecolonomie
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Dimanche 30 mars 2008
J'aime faire mon thé aux invités les trois étages.
Chaque marche dégage le ciel à la vue.
Chaque goutte libère la voix qui s'est tue.



par Clarinesse publié dans : Aphorismes informels
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Samedi 29 mars 2008

Prologue :
Lundi matin, l’empereur, sa femme et le p’tit prince
sont venus chez moi pour me serrer la pince (à linge).
Comme j’étais parti, le p’tit prince a dit :
« Puisque c’est ainsi, nous repasserons mardi. »
Ca tombe bien, la corbeille à linge propre est pleine de plis.

Rappel :

Dans notre rubrique à blog « écolonomie et tâches ménagères pour les campanules », et après le succès délirant du blog-buster comparant les vilenies du lave-vaisselle aux bonheurs de l’évier
(session de rattrapage ici :
http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-17773243.html )
voici donc sous vos yeux consternés d’amis de la poésie, un nouvel avatar des corvées écornées.

Pour toute réclamation, s’adresser au commanditaire de cet opuscule, dont les preuves du forfait furent laissées ici :
  http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-17773243-6.html#anchorComment

L’hôtesse de ces lieux trop communs décline toute responsabilité quant aux éventuels accidents domestiques causés par le soudain enthousiasme inévitablement éveillé pour cette tâche sans tache par la lecture de ces lignes éblouissantes et par Lamy données.

Consigne :

Il s’agissait donc, pour relever le défi, de coucher :
- sur le papier, un hymne au repassage, préalable indispensable au repas d’sages que fut la Cène : imagine-t-on les douze apôtres siégeant ailleurs que devant une nappe aussi immaculée que le fut la conception de leur Seigneur ?
- sur la planche à repasser, les voiles alanguies des tissus défripés.

Corps du délit :

I°/ Fantaisie sans rime ni raison.

a) Le regard ne s'embue-t-il pas au spectacle des repasseuses éperdues dans les brumes huileuses de Degas ou Toulouse-Lautrec ?
Voir ici : http://www.picturalissime.com/g/lautrec_la_blanchisseuse_l.htm  pour Henri.
 et là : http://art.mygalerie.com/les%20maitres/deg4.html  pour Edgar aux blanches mains.
et là aussi : http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://jacquesmottier.online.fr/pages/degas_repasseuse.jpg&imgrefurl=http://jacquesmottier.online.fr/pages/zola_degas.html&h=211&w=162&sz=14&hl=fr&start=57&um=1&tbnid=6mbNxsO7XC25NM:&tbnh=106&tbnw=81&prev=/images%3Fq%3Drepasseuses%2Bdegas%26start%3D54%26ndsp%3D18%26um%3D1%26hl%3Dfr%26rlz%3D1T4SKPB_frBE215BE225%26sa%3DN 
                                      

b) On oublie trop souvent aussi que c’est en observant sa servante
manier le fer sur les draps étalés sur la planche
que le bon Nicolas Boileau eut l’idée de ces vers
si souvent repassés dans les leçons des écoliers.
« Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.
Polissez-le sans cesse et le repolissez. »


c) Et le grand Victor eût-il pondu ces vers paradigmatiques
de tout zeugma qui se respecte :
« Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc »,
s’il ne s’était pas endormi comme Booz devant le spectacle hypnotique de sa Juliette achevant d’aplanir les surfaces éclatantes des draps blancs lessivés eux aussi après les rudes nuits infligées par le génie (pro-)créateur à son épistolière préférée ? Génie certes, mais non sans frotter son ardeur romantique aux passions adultères.

d) N’oublions pas non plus que sans repassage, point de cintres.
Car qui prendrait la peine de s’encombrer du
« seul objet qui agresse l’homme par pure cruauté »
si ce n’était pour ne pas chiffonner les tuniques dépliées ?
Rien de plus susceptible pourtant qu’un cintre.
Rien de plus facile à froisser. Un faux mouvement et le voilà
qui s’accroche à l’axe de l’armoire, refusant de libérer
« le pantalon, le gris, avec les pinces devant et le petit revers ».
Et sans cintre, point de « vertige de la penderie béante sur l’alignement militaire des pelures incertaines aux splendeurs naphtalines. »
Ceint Desproges, priez pour nous, pauvres pêcheurs des
« fulgurantes éclaboussures de [votre] gai désespoir ».

e) Le repassage, donc,
ou les heurs et malheurs du fer à cheval sur les faux plis.
Ô Fer et Dame Nation ! Imagine-t-on un drapeau tricolore tout froissé ?
Imagine-t-on le train de vie qui exige de porter chaque jour une chemise neuve, chemin pour fer ?
Porte-t-on assez de considération à ce calorifère à patin
naviguant sur les voiles à vapeur ?
Et bien, au risque de choquer les cuirs sensibles, beaucoup trop !

II°/ Déchiffrage d’étiquettes.
...
La suite demain, si vous le voulez bien.

par Clarinesse publié dans : Ecolonomie
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Vendredi 28 mars 2008
Haïku, trois ans d'âge.

Dans la cour pleine de boue,
Petit Pierre voit une feuille morte gisant à terre.
Apprenti écolo pratiquant, il la ramasse,
la trempe délicatement dans une flaque d'eau pour la réhydrater,
puis s'en va d'un pas décidé vers le noisetier :
" Je vais monter en haut de l'arbre
pour replanter la feuille sur sa branche"


par Clarinesse publié dans : Enfantillages
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