Jeudi 17 janvier 2008
C'est bien fait, l'âme humaine, quand même. 
Il a finement prévu la gestion du chaos, le grand horloger, là haut.
(C'est drôle, le clavier a ripé pour écrire malgré moi le grand "horlogre".
Pas mal vu, pour décrire le vieux barbu chenu sur ses nuages.)

Bref, le défilé des terre(ur)s m'ho(rri)pile.
Mais il faut avouer que celui des maux est bien organisé.
Comme s'ils formaient une file d'attente infinie, attendant sagement leur tour pour harceler leur hôte, comme on voit dans les films de cape et d'épée le héros isolé avoir raison de tous ses adversaires qui ont l'extrême obligeance de se présenter un à un pour se faire embrocher au bout de sa lame.
Mais où veux-je en venir ? A savoir Si c'est un homme qui a inventé
le principe du défilé ? Léonidas par exemple ? Non ?

Primo Levi, donc, expert incontesté s'il en est en gestion de l'horreur, dans son traité de survie en milieu non tempéré, analyse ce phénomène étrange qui se produit lorsqu'on essaie de ne pas succomber dans un de ces camps charmants où l'on expliquait aux résidents que "Arbeit macht frei".
L'homme accablé ne pouvant gérer qu'un problème à la fois, il les contraint, s'ils s'accumulent trop, de se ranger docilement et d'attendre leur tour pour l'assommer. Ainsi le prisonnier souffre-t-il en permanence de la faim. Quand le froid arrive, cette dernière sensation masque l'autre et il ne ressent plus que l'hiver qui lui glace les os, évinçant toute autre souffrance.
Le printemps revient-il ? La faim dévorante réapparaît aussitôt. A-t-on par miracle réussi à se rassasier à peu près? C'est l'épuisement lancinant qui se rappelle au corps. 

Malin, l'instinct de survie...
par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs. communauté : Biffures chroniques
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Mercredi 16 janvier 2008
Tout est lutte. Tout résiste. Tout se bat.
Lentement, sourdement, puissamment, monte en moi la rage.
Comment tenir sans l'immense colère devant tous ces ravages ? 
Ces deuils, ces massacres, ces chefs d'oeuvre détruits, sous l'oeil désolé de Dieu, ce vieillard impotent qui ne lève pas le petit doigt pour empêcher cela. Que dites-vous ? Réaction primaire que des siècles de scolastique se sont échinés à justifier par d'infiniment subtiles arguties ? Tel est le prix de la Liberté et celui de la Faute. Résignez vous donc comme Job qui bénit le Bon Dieu, comme le chien lèche la main de son maître qui le martyrise. 
Merci bien. Je préfère Prométhée.
Se battre. Non pas contre les autres. La paix est si précaire déjà. 
Non bien sûr. Pas d'hystérie et pas de haine. Se battre contre soi-même.
Se battre, unis, contre les éléments, contre les mauvaises pentes qui mènent le monde à sa perte, peut-être. Pas la haine, la rage.
Contre la matière et son inertie. Contre ces trois étages si durs à monter. Contre cette porte qui peine à s'ouvrir sous mes mains tâtonnantes encombrées de paquets. Contre le temps qui me presse et m'opresse.
Une fureur contre le bruit. Contre l'informe et l'impensé.
Contre ce stupide mot d'ordre enfumé : "Keep cool, man". 
Rester de marbre froid dans le flot de la vie? 
Laisser couler ? Se laisser couler ? Se liquéfier ? 
Non. Tenir. Retenir. Se tenir droit et tenir bon. 
"Résiste. Prouve que tu existes",  comme dirait l'autre.
par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs.
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Mercredi 16 janvier 2008
Nuire à quelqu'un, c'est héberger à jamais sous son crâne 
le fantôme de sa victime.
Commettre un crime, c'est se condamner jusqu'à la mort 
à vivre avec l'âme du défunt.
Bien pire que le simple remords, c'est la promiscuité hideuse 
imposée avec l'être haï.
C'est offrir à sa victime un immense pouvoir sur soi. 
C'est lui confier les clefs de son destin.
C'est lui donner le pouvoir d'empoisonner 
chaque pensée, chaque parole, chaque sensation.
C'est supporter de ne voir pour toujours le monde 
qu'à travers le filtre gris du repentir, 
de n'apercevoir le spectacle du réel que derrière l'image 
surimprimée derrière ses pupilles, de la Faute irréparable.
C'est se transformer en tombeau vivant.
par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs.
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Vendredi 11 janvier 2008
Pathologie congénitale 
Dès que surgit à l'horizon 
L'ombre lugubre, effroi glacial,
Impératif catégorique,
De la moindre obligation.
Pauvres jours hantés et tragiques.

Tout est question d'énergie. Maîtrise des ressources, contrôle des combustions. Pour la planète comme pour les êtres. Macro et microcosmes. Avancer ou ne pas avancer avec nos finitudes ?
Comment vivre, tous, toujours plus nombreux et toujours mieux sur notre si frêle Terre ? 

Pourquoi l'angoisse aux mille ruses me dévore-t-elle dès que je lui laisse la moindre brèche où s'engouffrer ?  Pourquoi l'hydre reste-t-elle tapie dans l'ombre, dans mon ombre, toujours là, à portée de souffle, et me force de courir, toujours plus loin, toujours plus bas sous terre pour lui échapper ?
Pourquoi s'interpose-t-elle toujours entre le ciel et moi ? Pourquoi le vampire bondit-il pour me serrer à la gorge dès que je me pose ?
Quand mon horloge interne acceptera-t-elle enfin d'organiser le temps comme mon mètre cérébral sait trop organiser l'espace ? 
Quand mon thermostat intime cessera-t-il de s'affoler dès qu'il s'agit de se mouvoir sous la poigne de fer d'une contrainte implacable?
Dès qu'une tâche devient sociale, dès qu'elle sort de la sphère privée de mes petites affaires, s'abat le vautour de la paralysie. L'échec est certain, n'en doutons pas. Alors préparons frénétiquement les masques qui nous protègeront après la défaite, au lieu de préparer le succès.
Pauvre petite bête traquée.



par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs.
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Mercredi 9 janvier 2008
Comme son nom l'indique, l'émotion est mouvement. 
Or on voudrait la figer, en faire un état pour la faire durer.
Aussi absurde que de croire conserver vivant un papillon 
épinglé dans les pages d'un herbier.
L'émotion ne s'éprouve que dans ses variations. Tout comme la vitesse.
Si l'inertie la gagne, elle s'annule. 
Si elle ne peut se confronter à un repère pour éprouver sa différence, 
elle se meurt.
Inutile de chercher à conserver intact un sentiment. 
Il ne supporte pas plus l'immobilité qu'un organe dans un bocal de formol.
Mais probablement n'était-ce pas le but recherché.
Pour se garder vivant, il doit sans cesse se cogner à sa négation, comme un insecte à une vitre. Je me heurte à ce qui n'est pas moi. J'ai des limites. J'existe.
Je change, donc je suis.




par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs.
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Mardi 8 janvier 2008
On ne peut vaincre une addiction qu'en lui substituant une autre.
Une fois que la place est faite dans un organisme pour une dépendance, 
elle doit être occupée. La nature a horreur du vide. 
Il suffit simplement de choisir une saine aliénation.

L'art plus que la chimie.
La Sécurité Sociale ferait d'incommensurables économies si les médecins prescrivaient aux patients dépressifs de remplacer les psychotropes chimiques et autres neuroleptiques par des cures de lecture de romans ou de séances de cinéma. 
Lire ou écouter des histoires, 
tel est bien le besoin fondamental de tout homme. 
La littérature et le cinéma comme antidépresseurs. Rien de nouveau sous le soleil ou presque depuis Aristote et Montesquieu. 
On imagine mal en effet comment les béquilles chimiques qui se contentent d'anesthésier l'âme avec le mal peuvent la remettre à flot. Il ne lui sont pas de plus grand secours, qu'au voilier en détresse, le calme plat d'une mer d'huile morte qui succède à la tempête. Il faut à l'esprit un nouveau souffle qui le conduise hors des écueils et lui redonne le goût acéré de la vie.

Veiller. Ne pas négliger la surréalité salvatrice de l'art. Prendre garde d'oublier le formidable pouvoir de la littérature de transcender nos pauvres vies engluées dans l'abondance du quotidien, engoncées dans les lourdeurs du temps. Le pouvoir de transfigurer la banalité de l'existence en une épopée fabuleuse où les êtres dansent au lieu de marcher d'un pas lourd dans la glaise. 
L'âme étouffe dans la coïncidence directe avec le réel, comme un visage collé à la matière solide suffoque. Il lui faut de l'air. Il faut de la distance entre les choses et les êtres pour qu'ils respirent. L'homme ne vit pas que de pain et de consommation. Et l'art est son air. L'art des mots surtout. L'art de dire le monde et son être. Son mal ou son bien-être. Faire de ce qui lui arrive une histoire, un mythe. Echapper au flot insignifiant qui le noie. Donner forme au magma de l'événement brut.

Si seulement les drogués en tous genres savaient combien la littérature est plus puissante que les drogues misérables qui enferment dans l'indigence d'un cerveau détruit. Pas de plus saine addiction que la lecture.

Mais n'oublierais-je pas environ la moitié de la littérature, irriguée par ce mal de vivre aux mille noms ?
Qu'importe. Même l'oeuvre la plus spleenétique peut faire office de catharsis.


Variante alimentaire et prosaïque :

Les parfums plus que les saveurs.
Remplacer les confiseries à mâchouiller par des parfums à renifler. 
Voilà comment lutter contre l'obésité.
Mais n'oublierais-je pas la force atomique que possèdent les quelques grammes de la matière convoitée: 
chocolat ou autres substances moins fréquentables ?
Ah, si seulement les formules pouvaient rivaliser avec ces attractions magiques.
par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs.
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Lundi 7 janvier 2008

La colère toujours tape dans l'ombre, même au plus plat de l'accalmie.
Elle surgit, tapie dans l'air, et bondit à la gorge du nuage qui passe.

Faire ses valises "au cas où".
Se tenir prêt à partir à toute heure.
Maîtriser l'ordre de l'espace "au cas où" l'ordre du temps se brise.
Contrôler les choses pour libérer les êtres.
Délimiter les lieux pour accueillir les possibles qui auront lieu

par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs.
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