Cahiers de l'aube.

1°) Window : nom anglais de la fenêtre. Etymologie : 
de l'ancien saxon Wind Auge,
l'oeil du vent.

2°) Les métaphores, c'est comme les collants. 
Ca file vite si on n'y prend pas garde;

3°) - Métaphore et crie-toi. (d'après Luc)

Mercredi 11 juin 2008

Pour ne fâcher personne, je propose donc que nous "produisions des écrits" sur les fleurs et les petits oiseaux.
Voilà :             "...
                         ......
                          ...   "




Plutôt donc que de vous infliger ma prose moins inspirée aujourd'hui que depuis longtemps, je vais la laisser reposer au fond de sa caverne et vous faire la lecture de quelques beaux poèmes que j'ai pu lire durant les longues heures de ce stage d'une intensité mémorable, extraits d'un petit recueil paru dans la collection Poésie Gallimard, intitulé A toi, je parle, Un tour du monde avec les poètes francophones, que me donna l'autre jour Eric Poindron ( http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites/index.php/ ) :


                                   Le Lieu du poème.

                                                        de Nimrod, Tchad.

Je connais le lieu du poème, ma gorge.
Je ne connais qu'elle. Un fanal précieux la soutient.
Pierre poreuse, pierre ponce, tessons...

Je ne compte plus mes nuits de veille.
J'ai tendu l'oreille, ai tari la source des échos.
Féérie de la brûlure, étincelle d'amour.
J'ai mis ma voix en veilleuse. Je ne sais qui jure
En moi, ni pourquoi. Ce qu'il me veut,
C'est comme le retour de flamme d'une passion défunte.
Je suis le gardien des émotions rocheuses.
J'entends leur reflux, j'entends leur remontée douloureuse ;
Les voici, ma gorge prophétise...
Je n'ai plus de corps, une pierre en tient lieu,
Lumineuse d'espace.

Je suis le nu du commencement. Sous l'arche des vents
Se déploie le soleil, empire du souverain calme.
Alors une fêlure se fait jour, l'absolu. Il règne.



                  *********************************

                               et de Vénus Khoury-Ghata, Liban :


Parlez-moi de lui.
-Il était rare, ne fréquentait que des Lunes
Son pas sur l'herbe froide appelait un criquet
Je devais m'enduire les mains du sang des grands arbres
Pour l'apprivoiser, et il s'approchait
Aussi seul qu'une seule lune
Et faisait semblant de m'aimer.

Savez-vous encore ce qu'est un arbre ?
Le bruissement d'ailes d'une pierre ?
L'écorce craquelée d'une journée de chaleur ?




par Clarinesse publié dans : Citations fascinées
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Lundi 9 juin 2008






Qui n'a jamais assisté à une formation continue pour adultes modérément consentants au sein d'un IUFM ne peut concevoir dans toute son éclatante perfection l'idée exacte du néant intersidéral de la pensée.
A côté de ce stupéfiant brassage de vide, les expériences absolues des mystiques les plus ardents ne sont que pipi de chat.
Jean de la Croix et sa nuit obscure, Thérèse d'Avila et ses abîmes extatiques peuvent aller se rhabiller.
Même Pascal, qui s'effarouchait déjà facilement, 
( "Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie",
osait-il avouer sans honte)
eût pris ses jambes à son cou pour se réfugier
dans sa chambre de méditation
au spectacle effarant de ces bafouillis parfaitement épurés
de toute trace d'intelligence.

"Mes frères, contemplons ensemble nos vacuités respectives.
Une minute de silence ne suffirait pas. Préférons lui quatre fois trois heures de salmigondis sous-psychologisant pour arriérés du neurone.
Nous ne sommes pas là pour vous apporter du contenu tout prêt.
- Ah ben non, ce s'rait dommage, hein, des fois qu'on apprenne quelque chose !
Des fois qu'on nous transmette un savoir, ah ben non !
On est quand même des profs, hein. La connaissance, on s'en méfie !
Mieux vaut savoir qu'on ne sait pas, en bons Socrates ramollis du ciboulot, que d'essayer de se coucher moins ignorants.
Barbotons gaiement dans la fange de nos apories.
- Pas de cours magistral, surtout.
- Ne vous inquiétez pas : il ne nous était pas venu à l'esprit une seconde d'attendre quoi que ce soit de magistral de votre pédagogisme !"

Ce n'est plus le Gai Savoir de Nietzsche, c'est le Très Rasoir atelier de mise en commun de nos impuissances complaisantes.
J'ai beau savoir à quoi m'attendre, ayant déjà subi un certain nombre de tortures similaires, même si je fuis toujours autant que possible ce genre de mascarade caractéristique du PAF (Plan Académique de Formation), je reste toujours, à chaque fois, aussi estomaquée par l'inanité de ces pseudo-formations qui possèdent moins de consistance qu'une heure de cours pour les sixièmes les moins avancés qu'on puisse imaginer. Ils prétendent apprendre "comment gérer les conflits" à des professeurs d'un collège bien musclé (le collège, pas les collègues) en leur proposant une mélasse insensée grâce à laquelle ils auraient en moins de deux minutes les élèves sautant à pieds joints sur les tables, à supposer qu'ils ne les leur auraient pas déjà lancées à la figure.
Rien ne m'insupporte plus que ces sempiternelles entrées en matière
fort mal appelées "brainstorming" (ou encore remue-méninges.)
 Pour qu'il y ait des tempêtes sous des crânes,
encore faut-il un minimum de dynamique conceptuelle.
Pas un ramassis de pauvres fragments de vécu mal digérés
et régurgités encore plus informes qu'ils ne furent avalés
sous formes de rognures de mots éculés, désarticulés et barbouillés
au marqueur noir nauséabond sur de malheureuses affiches
qui termineront à la poubelle, désespérées d'avoir tué
tant d'arbres verts pour si peu de matière grise.

Non vraiment, brasser du vide avec tant de constance requiert une virtuosité à saluer. C'est du grand art.
Je n'exagère pas, il y a des témoins.
Ainsi a-t-on passé plus de deux heures, montre en main, à caqueter sur une seule et unique idée (il est facile de les repérer, il n'y a pas foule, de ce côté-là) : les vertus du tirage au sort préalable à l'interrogation orale des élèves, qui ôte toute suspicion d'arbitraire, donc tout sentiment d'injustice de la sensibilité exacerbée de ces pauvres chéris. Je vous jure, deux heures, rien que sur le tirage au sort !!! C'était au début de l'année, stage destiné à tous les "nouveaux" arrivants en ZEP (zone d'éducation prioritaire, appellation novlangue pour zone culturelle sinistrée). Y étaient même conviés ceux qui, ayant obtenu une mutation récente, n'en avaient pas moins exercé des années dans d'autres établissements ZEP, comme c'était le cas d'une bonne moitié d'entre nous.

Ainsi aussi fallut-il, il y a quinze jours, une séance de deux heures "pour évaluer les besoins", expression euphémistique signifiant qu'on se regarde dans le blanc des yeux en soupirant sur l'inextricabilité de la situation.
Après cette première matinée d'une intensité intellectuelle remarquable, il fallait bien une deuxième après-midi pour rappeler l'abondante moisson de désolations récoltées lors de la première session, et préparer la journée du lendemain. Il nous fallut donc une réunion pour préparer la réunion suivante, qui elle-même annonçait la réunion ultime, sans toujours que le vif du sujet, dans son contenu, mot tabou emblématique des hérétiques de la transmission des savoirs, ne soit ne serait-ce qu'effleuré. Ni dans le concret ; ni, encore moins, dans l'abstrait, car l'on risquerait une entorse de nos méninges sous-entraînées en absorbant une dose létale de concept. Vade retro, Theoria !

Une seule solution dans ces cas-là pour ne pas laisser son cortex mourir d'inanition : installer une discrète perfusion cervicale sous la forme d'un bouquin dissimulé derrière un gros classeur, ou de jolis textes imprimés, plus discrets et tout aussi seyants.


Et quand on pense qu'ils s'y mettent souvent à trois, ces formateurs bien formatés, pour nous asséner le constat sempiternel qu'il n'y a rien de plus à faire que ce qu'on fait déjà dans un système scolaire en pleine déliquescence, et qu'il n'y a qu'à continuer à supporter l'insupportable, on se dit que les impôts seraient un peu mieux employés ailleurs : à payer plus de profs avec élèves, à mieux les répartir, à repenser le système dans ses fondments, au lieu de multiplier ces élevages hors sol de planqués pontifiants.
Mais c'est bien connu ; les profs, ça ne pense pas :
ça marche ou ça grève.

Certes, il me faut avoir l'honnêteté de reconnaître que tous les formateurs ne sont pas de sombres imposteurs. 
Mais je continue cependant à affirmer que l'idéologie fondatrice des IUFM est destructrice de bien des dynamiques d'apprentissage, et qu'elle est redevable à la société de ce qu'elle fait des crédits qui lui sont alloués. Le problème est réel, et je ne vois pas en quoi il serait démagogique de le reconnaître, dans la mesure où nombreux sont les professeurs, sur le terrain, de l'intérieur, à le déplorer.
Lisez le Journal d'une institutrice clandestine, de Rachel Boutonnet, par exemple.
Lisez aussi, surtout La Fabrique du crétin, de Jean-Paul Brighelli, brillant brûlot d'une tragique lucidité.
L'étroitesse idéologique dont font preuve Philippe Meirieu et ses apôtres, il ne me semble pas malsain de s'en indigner.


par Clarinesse publié dans : Pôle éthique et politique
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Samedi 7 juin 2008

Où se confirme l'idée que l'auteur de ces lignes n'est qu'une pitoyable midinette.

D'abord, ne pas se fier à la mièvrerie de l'affiche (pire que l'image proposée ci-dessus) et de l'habillage du DVD, qui laisse croire à la plus nunuche des guimauves.
Ne pas se fier non plus aux critiques des âmes grises, oeil myope et coeur sec, qui éreintèrent le film à sa sortie, en 1970, époque où il fallait afficher distanciation et déconstruction  pour être adoubé par les orthodoxies intellectualistes alors en vogue.  
David Lean eut le courage de sublimer un romantisme incandescent (crime impardonnable !) mais il fut si blessé des sarcasmes de son accueil qu'il cessa totalement de tourner pendant de longues années.

Huit ans après Lawrence d'Arabie et cinq après le Docteur Jivago, avec le même dosage de lyrisme et d'épopée, il transpose en effet, dans l'Irlande de la Première Guerre Mondiale et de la Guerre d'Indépendance, une variation sur le thème si rebattu de Madame Bovary.
Mais il le sort de la fange pour le porter dans un brasier où les âmes s'épurent des scories contingentes et accèdent à la pureté du minerai, dans un état de consomption qui ne se peut plus corrompre.
Madame Bovary n'est plus moquée par son auteur ; le mari n'est pas ridicule ; et l'amant n'est pas un gougeat.
Démesure et douceur à la fois.
Tous trois également beaux et blessés, tous trois nobles et purs.
Et oui, il faut le dire, et tant pis si ça fait cruche.

Point n'est besoin de salir et d'avilir ses personnages pour se donner un air intelligent, quand on a assez de talent pour les transcender.
On frôle certes parfois le pathos dans ce film où quelques dialogues ne craignent pas une naïveté à la limite du cliché.
Mais elle n'est pas celle de l'auteur.
Elle est celle, respectée et non tournée en dérision, du coeur simple de l'héroïne.

Comme beaucoup de chefs d'oeuvre, ce film est porté aussi par sa musique.
David Lean est resté fidèle au même enchanteur, Maurice Jarre, qui a cette faculté, comme Ennio Morricone, de travailler la même phrase musicale simplissime avec des variations infiniment adaptées aux personnages successifs qu'elle accompagne. Tantôt une harpe évanescente, tantôt le cliquetis d'une boîte à musique en fer blanc, tantôt le grand jeu d'un orchestre symphonique.
Sans compter quelques passages de la Symphonie héroïque de Beethoven pour muscler le tout.

Et surtout, surtout, David Lean a le génie des lieux.
Il sait transfigurer le détail le plus anodin :
une tache sur un papier peint sordide, un brin d'herbe secoué par le vent, les fils d'une toile d'araignée dansant au rythme de l'air, des tapis de fleurs dans une clairière idéalisée d'amour courtois, une vieille galoche éculée.
Et ne craint pas de se mesurer à la force démiurgique des éléments.
Nul ne sait comme lui filmer des ciels déchiquetés, des tempêtes apocalyptiques, des rochers tourmentés, toute la panoplie du romantisme le plus échevelé qui fait rire ceux qui n'y sont pas sensibles, et ils sont nombreux. Tous ceux avec qui j'ai tenté de partager ce film ont ricané.
Tant pis, j'suis une grande fille, j'assume.
J'ai passé l'âge de craindre d'être jugée comme la plus écervelée des fleurs bleues.

par Clarinesse publié dans : Panthéon filmique
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Vendredi 6 juin 2008


Rappel de la légende de ce légendaire dessin de Caran d'Ache :
1°) Surtout, ne parlons pas de l'Affaire Dreyfus !
2°) Ils en ont parlé.


"Sleon une édtue de l'Uvinertisé de Cmabrigde, l'odrre des ltteers dnas un mot n'a pas d'ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soit à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlblème. C'est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot."


Bon, au risque de crouler de nouveau sous des com' de forum, ça lance le débat. Globale ou syllabique ? Multiple ou monolithique ?

Personnellement, je trouve qu'il n'est point besoin de construire une "méthode" globale, puisque, baignant dans un univers tout entier cerné par l'écrit (affiches de pub, inscriptions omniprésentes, lectures de contes,...) les enfants la mettent en oeuvre instinctivement dès trois ou quatre ans.
De plus, si la syllabique peut sembler rébarbative et un peu plus lente au début de l'apprentissage de la lecture, elle s'avère d'autant plus indispensable pour celui de l'écriture, puisque cette étude révèle justement que la lecture se passe presque de l'orthographe, laquelle demeure tout de même quelque peu requise pour la seconde.

Et puis, intellectuellement, la première (si elle est pratiquée sans nuance) me semble aliénante, car elle rend l'enfant dépendant des mots déjà vus, et très peu sûr de lui, incapable de s'aventurer seul vers le déchiffrage de vocables nouveaux ;
alors que la seconde est un formidable outil de liberté : l'enfant est autonome dès qu'il a compris le principe de la combinatoire des lettres, qui s'effectue, en outre beaucoup plus ludiquement qu'on ne veut bien le dire, comme un jeu de mécano.
Assembler des lettres ou des legos, c'est pareil.
Un mot, ça se fabrique, comme une pièce de machine, ou comme un gâteau.
Le seul exemple que j'ai sous la main, Pierre le petit, s'amuse ainsi beaucoup à épeler des mots, même s'il ne sait pas encore bien associer les sons. Il arrive ainsi à peu près à savoir quelles lettres il faut utiliser pour écrire "mammouth" (dernier exemple en date), lequel, lui ai-je fort obligeamment fait remarquer, commence comme Maman. Heureusement, il n'a pas ri !

Ceci dit, comme le fait très justement remarquer la Dame du Vent à l'Oeil du même nom:
"La meilleure méthode pour apprendre à lire c'est d'être convaincu que c'est super trop d'la balle de savoir lire. Donc résumé : pas de méthode, ou plutôt 148 méthodes à utiliser toutes en même temps, mais à la base une motivation en béton."

Il est clair que personne ne se donnerait la peine de creuser une terre ardue à coups de pioches s'il n'était convaincu que s'y cache un trésor.
Et qu'importent les outils utilisés, pourvu que le coffre fort soit ouvert.

Résultat des courses, ce serait plutôt :
Plus de méthodes par prof, et moins d'élèves par classe pour garder une cohérence. La quadrature du cercle.


par Clarinesse publié dans : Enfantillages
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Mercredi 4 juin 2008

 

Une fois de plus, me voilà immergée en plein océan de gratitude,
portée par ces vagues de bienveillance, dont le rouleau décompresseur
déferla de chez Loïs, celle qui téléscope les mots entre eux pour en tirer
de pures et libres étincelles :
http://loisdemurphy.canalblog.com/archives/2008/06/03/9434179.html ,

mais aussi du généreux donateur de « haches ‘tain tes pieds ! », L’amy Luc, (ne pas confondre avec l’amylase, quoiqu’elle eût aussi son utilité) logeant ici : http://www.luclamy.net/blog/


Comment soigner une crise aiguë de gratitude ?

Laquelle ne vient pas du verbe gratter, comme quelques dysorthographiques pourraient le penser, et ne provoque donc point de démangeaisons, mais se manifeste par un syndrome d’épanchements incontrôlés et d’hypersécrétion de la glande sub-corticoïde affectant les régions hyper-phasiques du complexe de Blum.

(Si quelqu’un trouve quelque chose de cohérent en tapant cette séquence sur Goût-gueule, ça m’intéresse…)

Purgando est. Il faut purger, disent les docteurs de Jean-Baptiste P.

(ça fait un bail que j’ai pas révisé mes déclinaisons latines, alors indulgence et avis aux correcteurs éventuels.)

J’avons donc pratiqué une saignée au point le plus sensible,
dans le tendre du bras.

Là où les veines bleuoient et la peau blanchoit.

 

Mais non, j’ai plutôt songé aux sœurs âmes ne voyant rien venir sur l’horizon drapé des diaprures moirées où voguent les voiles sous l’œil du vent de l’Ouest. Soufflez. (non, pas pour respirer : pour qu’elles avancent)

 

Ah, je m’égare encore. J’avons donc précipité la chute sur le BloV d’une petite averse de musiques amies tambourinant depuis mercredi dernier déjà sur les toits de mon chœur intérieur.

 

Elles s’appelaient alors Mélodies en systoles.
Mais refusaient de chanter juste. Ca sonnait creux.

 

Il en faut des conjonctions pour coordonner
les dispositions des mots et des sens.

Il en faut des ondes qui se rencontrent
pour que vibrent joliment les cordes sensibles
des mouvements intérieurs.

 

Alors voilà, j’espère que ça vous plaira,

c’est le Largo du Nisi Dominus de Vivaldi,
« Cum dederit dilectis suis somnum… », là :

http://fr.youtube.com/watch?v=Bxp74hB-4Zw 

Mais attendez un peu avant d’y aller entendre, j’ai encore plein de choses à vous raconter. 

[a) Mettez le son à fond, on n'entend presque rien.
b) Désolée pour l’interface si moche de Vos tubes, mais j’ai pas encore compris comment faire pour insérer une musique proprement sur son site. Les machines et moi, on n’est pas très copines, même si la brave bête sur laquelle je pianote me rend le fier service de me lier à vous (amen) et que je lui reconnais cet inouï mérite sans me faire prier.]

 

D’abord, vous expliquer les raisons de mon amour immodéré pour le baroque,

ce mouvement perpétuel de jubilation apaisée
devant l’infinie harmonie du monde.

Cette contemplation effrénée d’un ordre plein de grâce.

Une danse en apesanteur, un mouvement immobile,

une plénitude dilatée de tout l’être sans plus de cloisons.


Aussi bien Vivaldi, Bach, Purcell, Rameau, Telemann, Corelli, Pachelbel,...

Aussi bien le sacré que le profane.

Instrumental plutôt que vocal, à quelques exceptions près : les chœurs et les voix de haute-contre, celle de James Bowman surtout, mais je ne l’ai pas trouvé sur la toile.

 

Et les danses anciennes : menuets et autres rugosités de cordes médiévales ou renaissantes transcendant de toute leur impétuosité les scansions du pied sur le sol pour en puiser l’énergie tellurique et l’arracher vers le ciel.

Et les violons irlandais déchaînés.  


J’aurais envie de développer les autres enchanteresses de mes écoutilles.

Ce serait trop long et indigeste ici, mais je ne peux m’empêcher

(ne sachant rien refuser à mes élans…) de vous jeter quelques noms en touffes.

 

Dans les ancêtres, à part quelques exceptions, je m’arrête à Mozart et Haydn, Beethoven et Schubert. Au-delà du Sturm und Drang du premier romantisme, j’ai vraiment du mal avec les larmoiements tardifs. Le pathos mélancolique d’un Chopin suffit à me donner le cafard pour des heures. Mais je raffole des légèretés emportées de Rossini.

 

Du côté des moins vieux, rien que de très classique :

Léonard Cohen, Dylan, Le Forestier, Moustaki, Noir Désir…

Tout ce qui a une jolie voix, une douce vigueur, une guitare et un texte qui s’impose.

 

En appendice, l'un des récits qui enchanta le plus ma prime enfance :

L’Apprenti Sorcier, mais pas dans sa version Disney.

Un vieux 33t narrant sur la musique de Dukas le conte de Goethe avec la voix rocailleuse d'Henri Virlogeux. On y entend le mugissement du vent et des grincements de portes.

Rien que d'y penser, ça me redonne la chair de poule.

Ca commence ainsi :

« Cela se passait dans un temps où les sorciers et les magiciens faisaient la loi sur la terre. »

Si j’arrive à le faire numériser, je vous le donnerai à écouter,

car cette version est absolument introuvable aujourd’hui.

par Clarinesse publié dans : Musiques intérieures
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Dimanche 1 juin 2008




Versant :
 

Narcisse allait sous les éclats des quolibets
Se ressourcer dans le profond de l’antre rare.
Il s’éloignait pour y puiser les cristaux d’art,
Les ramener à la lumière, aux yeux épais.
Ecouter les murmures agitant l'outre-moi,
C'e
st aller rechercher au fond de sa caverne
Les trésors à offrir au grand jour des trop ternes.

La création est solitaire.
Seule et vers l'Autre ; mais sans lui.
Le Tout du monde jamais clos,
Et son infinitude.

Se retirer en soi, loin du fracas social,
Isolé des autres ; réuni au tout.

Narcisse Bouche d’Or fait tonner les cymbales
En silence infini dans l'espace aux sons fous.
Hanter les steppes, en loup banni chassant l'étoile
Et rapporter de ses errances un jeu de voiles
Où danse l'air en sa musique ; vibre et souffle.
Appelé par les cimes, aspiré par les gouffres.

Cet éblouissement, cette bulle de verre
Trop immense, trop gracile pour la terre,
Il lui faut éviter à tout prix qu'elle ne choie.
Il lui faut la porter, tout au bout de ses bras,
La garder, lui parler, la choyer, la chérir,
Il lui faut résister aux pesanteurs du pire.
L'empire ardent de son extase en déraison,
Cette danse du sens où le coeur en fusion
Entrevoit l'étendue absolue de l'immense
Il lui faut l'enchanter sans répit de ses stances.
 

Seul le silence permet d’entendre au fond de soi
Les moindres bruissements des pensées qui déploient
Les ailes frissonnantes en leur papier de soie.
Papillons de survie effrayés en pleins phares,
Fuyant l'intrus, le tintamarre trop criard.

Prosant :
 

La création est concentration. Non point concertation.
On reproche souvent à l’artiste son narcissisme.
On lui reproche parfois de se regarder écrire.
C’est en effet préférable si l’on ne veut pas tracer des lignes trop de travers.
Le narcissisme est détestable quand il rend aveugle au monde.
Mais écouter sa propre voix, cela peut éviter de chanter faux.
Cela ne rend pas sourd aux autres. Au contraire parfois.
Etre sourd à soi-même, c’est souvent être sourd aux autres.
Rien ne ressemble à un cœur comme un autre cœur.
Rien n'en diffère autant. Nier le sien, c’est nier l’autre.

Il suffit que la nuit se cache derrière la fenêtre pour en faire une glace ;
il suffit d’orienter la psyché un peu plus oblique pour en faire un rétroviseur.
Fenêtre ouverte ou bien miroir : les deux parfois ne font qu’un seul.


par Clarinesse publié dans : Echappées poétiques communauté : Biffures chroniques
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Samedi 31 mai 2008


Discuter, disputer, batailler, raisonner ;
Ne jamais s'absorber tout à fait au combat.
Se battre, parfois oui, à la plume, il le faut.
Mais la réduire à l’arme, c’est la laisser brisée.
C’est tuer l’âme vive : et en l’autre, et en soi.
Convaincre et vaincre : l’un est de trop.


Préserver, à l’écart, l’espace pour le chant
De la contemplation entre deux arguments.
Déployer l’air qui souffle et qui porte les ailes
Au-delà de la boue des tranchées en querelles.
Ouvrir grand la fenêtre et sortir des cohues
Retrouver l’être au monde, hors des foules exiguës.


A l’abri des grands arbres, des hauts ciels insufflant
Leur beauté, majesté oubliée, sous les coups succombant.

Argumenter sans contempler, c'est expirer sans inspirer.


La véhémence de l'idée s'étouffe d'elle-même comme un moteur
Qu’on noie sous des accélérations intempestives.
Rien ne lasse comme la répétition lancinante d’une même rengaine.

Trop d’idées tue l’idée.

Il y faut de l’art. Il y faut du beau. Il y faut du calme et du détour.


Et celui qui s’immerge en entier dans le fracas bousculé du combat des idées s’expose,  démuni si sa cause est vainqueur. Que faire après ?
La guerre appelle la guerre.
Il faut bien occuper les armées oisives.
Il faut bien donner une nouvelle cause à ronger
à celui qui n’a vécu que pour défendre son idéal devenu réalité.
C’est ainsi que le boucher tue le songeur, qui parfois même vivait en lui.
L’idéaliste a un rêve, une vision vaste et pleine ;
le fanatique un horizon aussi bas que les cadavres couchés qu’il laisse sur son passage.

L’adversaire terrassé devient un hôte indésirable.
Nuire à quelqu'un, c'est héberger à jamais sous son crâne
le fantôme de sa victime.
Blesser un homme, c'est se condamner jusqu'à la mort
à vivre avec l'âme du meurtri.
Bien pire que le simple remords, c'est la promiscuité hideuse
imposée avec l'être abhorré.
C'est offrir à sa victime un immense pouvoir sur soi.
C'est lui confier les clefs de son destin.
C'est lui donner le pouvoir d'empoisonner
chaque pensée, chaque parole, chaque sensation.
C'est supporter de ne voir pour toujours le monde
qu'à travers le filtre gris du repentir,
de n'apercevoir le spectacle du réel que derrière l'image
surimprimée derrière ses pupilles, de la Faute irréparable.
C'est, meurtrier, devenir un tombeau vivant.

par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs.
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Vendredi 30 mai 2008


"La barbarie civilisée poubellise l'univers. La terre ?
Un bauge où des verrats enrichis se vautrent
dans leur graisse empuantie de pus honorifrics."
 (Joruri, in http://gresils.sosblog.fr/Dires-b1/Poeme-de-fin-mai-b1-p382.htm )

Voici quelques idées de petit bois à allumer en contre-feu dans la lutte contre le grand brasier pétrolier.

Prêcher des convaincus, ça fait plaisir, ça donne de l'énergie, mais ça ne sert pas la lutte. Voyons donc ce que disent les voix d'outre terre.
 
L'un des grands arguments des négateurs du réchauffement ou de la causalité humaine de celui-ci consiste, pour discréditer le discours des chercheurs actuels, à ressortir les prévisions, vieilles parfois d'une trentaine d'années, des experts qui ont eu l'imprudence d'assortir leurs conclusions, justes souvent sur le fond, d'un calendrier quantifié.
Evidemment, la complexité des systèmes climatiques ne peut qu'introduire des facteurs d'erreurs qui invalident, sur un plan superficiel, leurs vues.
Ainsi a-t-on pu constater que le seuil de fonte des glaces arctiques prévu il y a peu encore pour dans une cinquantaine d'années était déjà atteint aujourd'hui.
Ca fait chaud dans le dos et ne fait que donner, hélas, plus de force encore à leurs analyses.

De plus, ils tentent de noyer le poisson en rappelant, justement sur le fond, mais de façon pernicieuse dans la forme, que focaliser l'attention et les craintes de l'opinion publique sur le réchauffement climatique et les émissions de CO2 conduisent à détourner sa vigilance d'autres questions cruciales :
les  diverses pollutions chimiques, les OGM, etc...
La perverse force de conviction de ce sophisme vient de sa vérité de fait, mais de sa traduction délirante en termes de complot : il s'agit certes d'une conséquence indésirable, mais non d'une intention délibérée.
Et même si certains pollueurs ne contribuant pas à l'effet de serre s'en réjouissent, même si d'autres drames écologiques se jouent, 
s'ensuit-il que le réchauffement global soit à négliger ?

En outre, que celui-ci ait, entre autres, des causes naturelles est véridique, dans un système aussi complexe que l'atmosphère terrestre et ses variations, où les causalités s'enchaînent les unes aux autres et se déclenchent mutuellement : l'augmentation des émissions de méthane, de CO2 et autres gaz fait grimper la température qui fait grimper le taux de CO2 etc...
S'ensuit-il cependant qu'il faille continuer à l'alimenter au lieu d'essayer de le compenser, et raisonner en termes aussi aveuglément binaires ?

Autre sophisme faussement rutilant arboré sur leurs armoiries :
les pays émergents pollueraient bien plus que les états développés qui ont conçu, grâce aux dernières innovations techniques, des moyens de production et de transport plus propres.
Certes, les vieilles guimbardes dont l'Europe se débarrasse en Afrique ou ailleurs et qui continuent à rouler sur les routes défoncées à vingt ans ou plus polluent davantage que les derniers modèles équipés de moteurs plus économes ; certes aussi, se chauffer dans des équipements de fortune au fuel par exemple, pollue plus que les dernières chaudières à condensation les plus élaborées.

Et alors ? En quoi ces remarques basiques apportent-elles la moindre goutte d'eau saumâtre à leur malsain moulin ?
Feindraient-ils donc de croire et de faire croire que tous les écologistes sont hostiles au progrès technique ? Qu'ils prônent un retour à l'âge de pierre ?
Alors même qu'ils sont à l'origine du développement des dernières innovations technologiques afin de tirer partie des énergies renouvelables : le solaire, l'éolien, les pompes à chaleur.
Oui pourtant, si la totalité de la classe moyenne émergente en Asie troque son vélo pour une voiture, il y a de quoi s'inquiéter.
Et c'est bien pour cela qu'il faut conceptualiser un développement raisonné, et non s'y opposer frontalement.
La hausse du prix du pétrole a ainsi fait baisser sensiblement l'usage par les particuliers de leur voiture, ainsi que le trafic aérien, rendu peu à peu inabordable par le coût du carburant. Youpi ! Je me réjouis bien de ne plus sortir que mon vélo pour aller au boulot.

Enfin, la question de la finitude des ressources reste, par eux, toujours éludée.
Quelles que soient l'intensité et la causalité du réchauffement, il demeure pourtant que la rondeur de la terre en fait un espace par définition limité, exigu bientôt, et que continuer à pomper inconsidérément des ressources sans raisonner sur la gestion de leur amaigrissement constitue simplement un manque cruel et délibéré de bon sens et d'honnêteté.
Prendre au pied de la lettre l'injonction génétique (de la Genèse) :
"Croissez et multipliez-vous", et servez-vous sans compter dans la Création devient criminel, comme les famines qui recommencent à sévir le prouvent.


Continuons à  nous enrichir, quitte à tout saccager.
Qu'importe si je vide la Terre, puisque je remplis mon portefeuille ?
Rien ne se perd ! De quoi se plaignent-ils ?
De simples vases communiquants, rien de plus !

Nul besoin d'invoquer une diabolisation dont ils se gargarisent, se posant complaisamment en victimes, exactement comme ces élèves insupportables qui viennent ensuite pleurer et s'indigner que c'est toujours eux qui prennent. Les pauvres choux !




par Clarinesse publié dans : Ecolonomie
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Mercredi 28 mai 2008

(Note préliminaire :
Il n'y a pas moyen. Pas moyen de domestiquer la course du temps à l'aide d'un quelconque programme.
A chaque fois que j'ai l'intention de mettre en ligne un article bien entamé, il y en a toujours un autre pour lui griller la priorité. J'y peux rien. Chronos ne veut pas se laisser dompter. )

Dans la rubrique :
"Mais comment font-ils donc pour ignorer à ce point où nous courons tous ?", c'est fou ce qu'on pourrait décerner comme palmes d'or du plus crétin dévoreur de ressources du monde.
Sur le podium, une certaine chanteuse canadienne dont le coffre n'a rien à envier à celui d'une voiture familiale est assez bien placée.

Il semblerait donc que la dame consomme pour son ranch plus de 29 millions de litres d'eau par an, ce qui revient à peu près à 80 m3 d'eau par jour, soit une piscine de deux mètres de profondeur pour vingt de long sur deux de large.

http://www.palmbeachpost.com/treasurecoast/content/tcoast/epaper/2008/05/24/m1a_tcwater_05251.html?imw=Y

Et pour ceux qui douteraient encore :
a) de la réalité du réchauffement climatique
b) de la responsabilité de l'activité humaine dans celui-ci,

sachez qu'il y a un rapport strictement proportionnel entre le taux de CO2 dans l'atmosphère et la température d'icelle, qui est établi sur plusieurs millénaires, comme le prouve la courbe ici présente :


Comme il est incontestable (sauf pour ceux qui nient tous les phénomènes ayant un rapport avec le gaz, qu'il soit en chambre ou en atmosphère,  suivez mon regard...) que les transports et l'industrie humaine, sans compter la démographie incontrôlée et préoccupante de notre espèce, constituent aujourd'hui la source la plus écrasante de CO2 sur la planète, il apparaît urgent, selon le bon sens le plus élémentaire, de faire tout ce qu'on peut pour en diminuer les émissions.

En effet, ceux qui remettent en cause la dangerosité du réchauffement climatique arguent du fait que la planète a connu, y compris depuis que l'homme en occupe la surface, d'importantes variations climatiques,
- comme le réchauffement du XIIe siècle auquel le Groënland doit son nom : le Green Land, ou Grüne Land, le pays vert, qui permit à des colonies vikings de s'y implanter et d'y prospérer.
- ou le petit âge glaciaire des XVIIe et XVIIIe siècles.

Certes oui, la Terre et son atmosphère ne sont pas des données invariantes de l'univers. Le taux de CO2 a subi des variations importantes, dues à des causes naturelles, comme par exemple l'activité volcanique. Mais il n'en reste pas moins vrai que jamais le taux de CO2 n'a été aussi haut, et de très loin, que ces dernières années, et que l'incommensurable inertie que constitue la complexité du système climatique nous laisse attendre des lendemains qui chauffent pour notre canicule.
Certes encore, la Terre en verra d'autres. Des espèces animales disparaîtront, d'autres prolifèreront ou apparaîtront. Il ne s'agit en effet pas de prôner un conservatisme de directeur de musée, de faire de la Terre entière une réserve figée interdite d'évolution.
Mais il se trouve qu'une espèce en particulier risque fort d'en pâtir grandement : la nôtre, et sa civilisation dont on sait depuis Valéry et la Première Guerre Mondiale qu'elle est bien mortelle.

par Clarinesse publié dans : Ecolonomie
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Mardi 27 mai 2008

Afin d'éviter tout malentendu, nous commencerons par une mise au point capitale sur un point essentiel de l'orientation existentielle de ce site.
Question politique ? métaphysique ? esthétique ?
Que nenni. Question pataphysique : je suis nulle en cuisine.
Voilà qui est dit.
C'est, une fois de plus, le rapport à la temporalité qui m'insupporte dans la préparation de ce qui est destiné à être englouti plus ou moins rapidement.


1°) Il faut anticiper. Problème majeur.
a) Savoir plusieurs jours à l'avance ce qu'on va devoir préparer pour pouvoir acheter les ingrédients nécessaires requiert des capacités d'organisation auxquelles mon absorption totale dans l'instant me rend cruellement inadaptée.
Incapable de préméditer quoi que ce soit, y compris un pot au feu.
b) De plus, comme un enfant qui a du mal à quitter ses jeux pour répondre à l'appel lancinant de l' "à table", il m'est souvent très difficile de m'arracher à mes occupations passionnantes (ménage, bricolages divers, éducation du rejeton, écritures en tous genres) pour penser, une heure à l'avance, à ce qu'on pourra bien manger le soir.


2°) Le rapport de durée préparation  / consommation
me déprime à l'avance.
a) Ars longa, vita brevis.
J'ai toujours adoré bricoler, passer des heures à façonner des bouts de bois, de carton ou de tissu, parce que la résistance de la matière est gage de la pérennité de l'oeuvre achevée, même si la plupart des élucubrations obtenues sont loin d'être impérissables.
Des traces des forfaits ici :
http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/album-1088179.html
Il y a du Parnasse là-dedans : "Vers, marbre, onyx, émail."
Ce n'est point hasard si Théophile Gautier n'a convié la pâte à pain et le gigot d'agneau à cette énumération.
En moins éthéré, je reprendrais bien aussi à mon compte la devise d'Harpagon :
"Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger."
Ceci dit, qu'on ne se méprenne pas. La gourmandise n'est point le péché capital dont je sois le moins à l'abri.
(Quoique, y en a-t-il vraiment ?

Voyons voir : la paresse, l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l’envie. A y vite réfléchir, nulle ne m'est étrangère complètement.
A damner sur le champ. Mais nous nous égarons. Il va bien me falloir rôtir quelques dindes sur le fourneau avant d'y passer à mon tour en enfer.)

Je ne rechigne donc point aux plaisirs de la bonne chère, loin de là. Mais il se trouve que je me régale davantage d'un bon sandwiche amoureusement confectionné que d'un coq au vin mariné pendant trois heures. Voilà tout.
Rassurons-nous, j'essaie quand même de faire des efforts pour ne pas empoisonner les cobayes dévoués qui prennent le risque de se laisser inviter.
b) Enfin, le temps de cuisson est, hélas pour mes proches, souvent synonyme de combustion avancée ou de déliquescence affligeante.
Que préférez-vous ? Nouilles trop cuites ou courgettes carbonisées ?
Totalement incapable de suivre une recette, donc de programmer un temps de cuisson fixe, j'en suis réduite à devoir surveiller les opérations, ce qu'évidemment j'oublie au bout de deux minutes, reprise par le fol cours de mes pensées et des multiples tâches domestiques ou romantiques entamées.
La preuve ici encore :
http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-16490707.html
Donc, passer des heures à mitonner ce qu'on mettra dix minutes à avaler, ne me réjouit pas plus que ça la fibre littéraire.


3°) Dépassement dialectique.
(Vous remarquerez le plan dissertatif en trois parties applicable quel que soit le sujet)

En bricolage comme en cuisine, c'est, chez moi, la main qui guide la tête et non l'inverse. Rien ne me réjouit plus que d'improviser avec les moyens du bord. Impossible d'obéir à un patron, fût-il de papier, ou de suivre une recette :
- d'abord parce que je n'ai jamais tout ce qu'il faut sous ladite main.
- ensuite, parce que tenir compte des goûts et dégoûts de chacun conduit toujours à remplacer la moitié des ingrédients par d'autres.
- enfin, ce n'est pas parce qu'on se trouve dans une cuisine qu'on change subitement de caractère et qu'on va devenir d'un seul coup de cuiller à pot docile aux modes d'emploi concoctés par d'autres sans me demander mon avis. Non mais quand même !

Il s'ensuit donc :
a) que je pourrais presque finir par inventer des recettes d'omelettes sans oeufs ou de tartes sans pâte.
b) que je suis la reine des quiches (au propre et au figuré, mais je vous en prie) qui ont l'obligeance extrême de se plier à toutes mes lubies avec la plus parfaite docilité. Tenez, demain, ce sera poivrons et feta.
La semaine dernière, c'était brocolis et chèvre.
Ca bêle de partout dans cette maison...
c) Et qu'il n'y a guère, sinon, que les recettes sans cuisson qui sont épargnées par mon inaptitude congénitale à l'organisation.


Conclusion.
En guise de récompense (ou de punition, c'est selon) pour avoir consciencieusement mené jusqu'au bout la lecture de cet indigeste pensum :

la recette du tiramisu sans boudoirs, sans café et sans alcool.  Si, si !
Si je prends la liberté éhontée de vous faire part de cette aberration, c'est qu'après l'avoir recopiée maintes fois à la demande de ceux qui y ont goûté, il me semble qu'il est temps de figer pour l'éternité numérique la formule de cette émulsion magique.
Explications d'abord : un certain nombre des convives habituels n'aimant ni le café, ni l'alcool,  je les ai remplacés par de la vanille et de la fleur d'oranger.
De plus, un jour de panne de boudoirs, je leur substituai des petits beurres : bien meilleur !
La voici donc, sans vouloir concurrencer les pages marmite
de Moches et Râteaux.
250 g de mascarpone (quand même, l'hérésie a ses limites)
100 g de sucre
3 oeufs
un demi paquet de petits beurres.
deux bonnes cuillerées à soupe (ou plus si affinités)
d'eau de fleur d'oranger et de vanille.
du chocolat en poudre pour la déco (mais c'est facultatif.)
D'un côté, battre les blancs d'oeufs en neige.
De l'autre, mélanger tout le reste (sauf les biscuits bien sûr).
Attention, le mascarpone, à mi-chemin entre la crème fraîche, le beurre et la cancoillotte possède un haut pouvoir de gluance dont il faut se méfier.
(Afin d'éviter de passer vingt minutes à essayer de décoller du pot, puis de la cuiller la masse visqueuse de ce sous-produit laitier, mieux vaut choisir la stratégie propre à circonvenir l'ennemi. Il s'agit de désolidariser la crème du pot en créant un appel d'air, mais deux écoles s'affrontent :
a) Ceux qui percent le contenant :
 les partisans de la tactique dite du "Flamby démoulé", préconisant de perforer le fond du pot et de laisser la gravité se charger de laisser choir pitoyablement le corps déconfit du délit dans le saladier.
b) Ceux qui percent le contenu :
les partisans de la récup' des pots en tous genres auxquels lacérer un récipient crève le coeur. Il s'agit alors d'adopter un tour de main d'une dextérité que nous envierait Stradivarius lui-même, en invitant sans hâte, pot retourné, d'une grande cuiller plantée jusqu'au tréfond, et c'est là qu'est l'art, au coeur même de la substance convoitée - et non en son tour, comme le naïf néophyte serait tenté de se laisser enduire d'erreur - la masse solidaire et néanmoins fondante de ce machin, à bien vouloir glisser doucement le long des parois de l'abri exigu de son pot pour envahir celui plus ample du creuset dont l'alchimie exaltera sans retenue ses parfums.
Imaginez l'opération délicate que constituerait le fait d'ôter à l'une de ces créatures débordantes de Botéro un collant bien ajusté, si l'on considère qu'elle y laisse en même temps sa peau.)
Une fois les éléments enfin réunis, vous pouvez touiller sans vous lasser le mélange jusqu'à fusion complète et homogène de tous ses atomes.
Il est alors temps de mêler délicatement les oeufs en neige au reste, puis de disposer en tranches, façon lasagnes, biscuits et crème.
Vient la partie que je préfère : laisser reposer le tout pendant au moins trois heures au frais, pendant que vous vous précipitez sur l'aspirateur et sous la douche (l'inverse est déconseillé : sous l'aspirateur, c'est un peu lourd et poussiéreux, et sur la douche, c'est un peu acrobatique) afin que votre maison brille de mille feux pour les invités, mais pas votre nez.

par Clarinesse publié dans : Bricolotrucs
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