"Le vent souffle sur la terre pour qu'elle s'envole.
Il est fort, le vent, pour soulever la terre."
Ou le réchauffement climatique expliqué aux (tout-petits) enfants.
Sans le Soleil, la vie sur Terre n’existerait pas.
Il ferait bien trop froid. L’eau serait de la glace.
Il ferait bien trop noir. Pas de jour. Que la nuit.
La Terre a besoin du Soleil.
C’est pour cela qu’elle tourne autour de lui, sans se lasser.
Pour capter sa lumière, sa chaleur et sa force.
Mais les hommes, sur Terre ont décidé
que la force du Soleil ne leur suffisait pas.
Qu’ils n’avaient pas assez chaud en hiver.
Que dans leurs maisons, il ne faisait pas assez clair.
Alors ils inventèrent des cheminées, des radiateurs,
des lampes et des lumières.
Ils allumèrent, ils allumèrent, et oubliaient d’éteindre.
Toutes ces fumées, ça faisait comme un couvercle au-dessus du ciel.
Et la Terre devenait comme une cocotte minute.
Alors le Soleil se pencha pour mieux voir
ce qui faisait tant de lumière et de fumée.
Et il comprit que les hommes trouvaient
que l’énergie qu’il leur donnait, depuis toujours,
Lui, le splendide, le magnifique, lui, l’énorme boule de feu dans le ciel,
ce n’était pas encore assez.
Et le Soleil, fort vexé, se mit à chauffer, à chauffer
encore,
et à brûler, à brûler encore, pour que les hommes arrêtent d’allumer
leurs lampes en plein jour et de faire fumer leurs cheminées
quand il ne fait pas très froid.
Et sur Terre, chaque été, il fit de plus en plus chaud.
Dans les rivières, il n’y avait plus d’eau.
Et de moins en moins froid, chaque hiver.
Sur les montagnes, il n’y avait plus de neige.
Les arbres avaient soif. Les fleurs avaient trop chaud.
Alors, les hommes effrayés, accablés de chaleur, comprirent
qu’ils avaient mis le Soleil en colère,
et se dépêchèrent d’éteindre leurs lampes et leurs écrans.
Pour lire, ils allaient près de la fenêtre,
où la lumière du Soleil éclaire assez.
Quand il ne faisait pas très froid, ils arrêtaient leurs cheminées,
et mettaient de jolis pulls colorés.
Et le Soleil vit que les hommes étaient devenus un peu plus raisonnables.
Il se calma, et continua de chauffer et d’éclairer la Terre sans la brûler.
Non seulement, pour rappeler cette parole de Saint-Exupéry :
"Nous n'héritons pas de la Terre, nous l'empruntons à nos enfants."
Mais transmettre la planète sans son mode d'emploi,
sans la conscience de sa fragilité, sans la volonté de la préserver, c'est la perdre.
Réponse de Pierre, trois ans et demi :
"Mais le soleil n'a pas d'yeux. Il ne peut pas nous voir.
Et il n'a pas de bouche. Il ne peut pas parler non plus."
C'est bien la peine de s'échiner à enchanter le monde, à le
peulper d'allégories,
si c'est pour voir si vite le bel édifice s'écrouler sous les ravages du rationalisme
Ou comment répondre à l'inévitable question : « D’où viennent les bébés ? »
Depuis quelques mois, Pierre, trois ans,
commence à réclamer une petite sœur.
Pas un petit frère, une petite sœur. Comme elle tarde un peu à venir,
ses parents lui expliquent qu’un bébé, au début, c’est tout petit.
Plus petit qu’une mouche. Et c’est difficile à attraper, une mouche.
Il l’a bien vu, lorsqu’il essayait d’en coincer une
entre la fenêtre et la tapette.
Un peu perplexe, Pierre commence à voir des bébés
voler partout dans la maison.
Alors, Maman lui explique que le bébé, au début, ne vole pas. Il nage.
- Comme un poisson ? – Euh, oui, ou comme une grenouille plutôt,
mais une minuscule grenouille, encore plus petite qu’une mouche.
-Ah bon, et comment arrive-t-elle dans le ventre de la maman,
demande-t-il, déjà très au courant,
ayant vu un certain nombre de ventres ronds.
Sans hésitation et sans scrupule, Maman répond :
« L’eau que tu bois va dans ton ventre. Le bébé, c’est pareil. »
Inutile de préciser où s’arrête l’analogie, ce n’est pas du tout le moment.
"- Toi aussi, d’ailleurs, tu as été petit comme ça. Puis le bébé grandit, grandit, jusqu’à être trop grand pour rester dans le ventre de Maman.
C’est alors qu’il sort." Petit temps de réflexion dans les yeux de Pierre :
« Et le bébé, dans le ventre de la maman, il est tout nu, ou habillé ? »
Un arrêt. Vague moment de gêne silencieuse et de trouble réciproque, mais calme olympien des deux côtés.
Sans se laisser démonter, Maman explique que dans le ventre,
le bébé a bien chaud. Il n’a pas besoin d’habits.
On ne lui met un pyjama qu’après la naissance,
Pour qu’il n’ait pas froid dehors.
Fin de l’épineuse discussion.
Ouf, c’est quand on croit avoir passé les récifs les plus périlleux
qu’un dernier écueil menace de faire couler le bel édifice
qu’on essaie de faire louvoyer harmonieusement
le long de la côte escarpée d’une intelligence enfantine.
Il était une fois un petit homme qui s’appelait Pierre.
Il aimait la vie, et tout ce qu’elle offre de joli.
Il aimait chercher la lune dans le ciel,
Et cueillir dans le jardin, la fleur la plus belle.
Et il aimait parler, très tôt, beaucoup.
Il connaissait des mots, de jolis mots tout doux.
Et il disait des phrases, si belles, si grandes,
Que sa maman encore et encore lui en demande….
Mais pour aller dormir, c’était bien différent.
Il ne gagnait son lit qu'épuisé et tout mou,
Quand ses dernières forces le quittaient vraiment.
Il aimait alors que les rideaux fassent la nuit bien bleue.
Et il disait ainsi : « Je ne vois plus mes yeux ».
Maman lui expliquait que lorsqu'on dort,
Le petit lutin qu’on a dans le cerveau,
Range bien les mots appris jusqu’alors.
Pour qu'on retrouve à sa place ce qui la veille était nouveau.
Mais le sommeil est une petite bête fragile et craintive.
Il aime bien les chants et les paroles, mais furtives.
Il ne vient sur ses petites pattes de velours,
Que si le silence enveloppe la pièce de son manteau d'amour.
Naissance (version courte)
Il était trois heures et demie
en ce matin d'été.
L’aube ne pâlissait pas encore
lorsque Pierre vit venir
à sa rencontre ses parents
sous la sombre voûte à peine étoilée.
Il naissait sous nos yeux,
et le monde naissait sous les siens.
Mais il commençait à comprendre,
en quittant les eaux maternelles
pour entrer dans la vallée de larmes et de pluies,
que la tâche ne serait pas aisée,
et il manifesta bruyamment sa désapprobation.
Depuis neuf mois, il lévitait
dans l’apesanteur aquatique
de sa mer intérieure.
Brusquement rejeté sur le rivage,
il percevait vaguement les conséquences
de sa chute sur Terre.
On avait beau appeler cela
« mettre au monde », et non
« mettre bas », il n’en était
pas moins tombé en ce bas monde.
Il se demanda alors
pour quelle obscure raison
ses parents l’avaient arraché
à la sérénité de l’Être
pour le projeter brutalement
dans les tourments de l’existence.
N‘aurait-il pas été plus simple
de le laisser voguer dans les nues idéales
de l’au-delà plutôt que de le laisser choir
pour l’ardu plaisir de l’élever ensuite ?
Il ne savait pas encore si le jeu
valait qu’on se donne la peine de naître.
Il pressentait confusément
qu’il lui faudrait s’élever à son tour,
mais il ignorait que tout était
question de verticalité.
Que l’ange échoué mettrait un an à marcher,
mais qu’il marcherait debout.
Et que ce serait grâce à sa tête si lourde aujourd’hui,
impossible à soulever, qu’il bâtirait sur Terre
les racines du ciel.
N’était-ce pas en laissant
la douce chaleur de l’eau
qu’il avait découvert la lumière ?
N’avait-il pas fallu quitter le paradis
pour goûter à l’arbre de vie et de mort,
de naissance et de connaissance ?
Telle était la promesse de l’aube.
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Naissance (version
longue)
Il était trois heures et demie
en ce matin d'été.
L’aube ne pâlissait pas encore
lorsque Pierre ouvrit les yeux
sous la sombre voûte à peine étoilée.
Son regard rencontra
celui de ses parents
et il se dit :
Notre naissance nous apporte
la naissance de toutes choses.
La découverte était mutuelle.
Une esquisse de rencontre.
Il naissait sous nos yeux,
et le monde naissait sous les siens.
Mais Pierre commençait à comprendre,
en quittant les eaux maternelles
pour entrer dans la vallée de larmes et de pluies,
que la tâche ne serait pas aisée.
Depuis neuf mois, il lévitait
dans l’apesanteur aquatique de sa mer intérieure.
Brusquement rejeté sur le rivage, il percevait vaguement
les conséquences de sa chute sur Terre.
On avait beau appeler cela
« mettre au monde », et non
« mettre bas », il n’en était pas moins
tombé en ce bas monde.
"Comme un fruit de douleurs
qui pèse aux flancs de femme
Impatient de naître
et pleurant d’être né."
Il se demanda alors pour quelle obscure raison
ses parents l’avaient arraché à la sérénité de l’Être
pour le projeter brutalement dans les tourments de l’existence.
N‘aurait-il pas été plus simple
de le laisser voguer dans les nues idéales
de l’au-delà plutôt que de le laisser choir
pour l’ardu plaisir de l’élever ensuite ?
Mais il devinait que
Les hommes doivent souffrir leur départ
comme leur venue ici-bas.
Le tout est d’être prêt.
Il ne savait pas encore si le jeu
valait qu’on se donne la peine de naître.
Il pressentait confusément
qu’il lui faudrait s’élever à son tour,
mais il ignorait que tout était question de verticalité.
Que l’ange échoué mettrait un an à marcher,
mais qu’il marcherait debout.
Et que ce serait grâce à sa tête si lourde aujourd’hui,
impossible à soulever, qu’il bâtirait sur Terre
les racines du ciel.
Il tourna alors
ses prunelles d’eau perdue
vers ses parents
pour s’éclairer d’espérance.
La réponse n’était pas loin :
Nous ne naissons pas seuls.
Naître, pour tout, c’est connaître.
Toute naissance est une connaissance.
N’était-ce pas en laissant
la douce chaleur de l’eau
qu’il avait découvert la lumière ?
N’avait-il pas fallu quitter le paradis
pour goûter à l’arbre de vie et de mort,
de naissance et de connaissance ?
"Vivre, c’est naître lentement.
Il serait un peu trop aisé d’emprunter
des âmes toutes faites."
Il lui faudrait apprendre
les mots et leur musique
pour en composer d’autres.
Comprendre et admirer
l’ordre des choses terrestres
pour y construire sa part de l’édifice
Car Pierre était son nom.
Un être en devenir.
Telle était la promesse de l’aube.
Merci à :
Flaubert, Montaigne, Michelet (Jules), Lamartine, Shakespeare, Gary,
Claudel, Eluard, Saint-Exupéry.
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